
Comment faire plier SuissePhone
Jusqu’à quand l’opérateur alémanique pourra-t-il abuser ses interlocuteurs en jouant entre la ressemblance de son nom et celui de Swisscom?
Avez-vous déjà entendu le nom SuissePhone prononcé en français par une voix de synthèse avec un puissant accent alémanique? Nous avons écouté l'enregistrement transmis par un de nos lecteurs: on jurerait entendre le nom de Swisscom! De plus, le texte est peu intelligible, parfois inaudible et donne l’impression d’avoir été taillé sur mesure (expression à prendre au premier sens du terme). Enfin, il n’est pas complet, alors que la loi stipule clairement que seul l’entier de la conversation fait foi. Bref, si un contrat oral est valable dans la législation suisse, il y a peu de chance qu’un juge estime que ce soit le cas avec un tel document!
Or, c’est bien sur la base de cette soi-disante preuve que SuissePhone estime passer un contrat avec toutes les personnes qu’elle harcèle par téléphone. Avec une préférence pour les personnes âgées, comme le démontrent une enquête de Bon à Savoir («SuissePhone sème la confusion» 07/2012) avec une témoin de 70 ans et l’émission A Bon Entendeur «Confusion entre SuissePhone et Swisscom» (12/2011), mais aussi de nombreux autres articles dans la presse suisse romande.
Dans la dernière affaire – parmi les dizaines traitées par notre service de premier conseil juridique – qui nous a été rapportée, la personne piégée affiche 90 ans. «Ma mère a clairement été abusée, raconte son fils qui l’a défendu bec et ongle lors d’un épuisant échange de courriers avec SuissePhone. Elle n’a rien demandé à personne. On lui a soutiré un «oui» de manière honteuse, et je mesure mes mots! Il a fallu une lutte acharnée pour enfin obtenir une porte de sortie.»
Le dossier intégral que nous mettons en ligne le démontre en effet: entre la première contestation envoyée le 29 mai 2012 et celle de la semaine dernière où – enfin – SuissePhone jette l’éponge, notre lecteur aura expédié pas moins de neuf recommandés pour s’opposer aux exigences huit fois répétées (avec à chaque fois des prétentions différentes) et aux cinq sommations menaçantes de la société de recouvrement Intrum Justicia (avec ses traditionnels frais de rappels abusifs).
Le tout dans un français scandaleux pour une entreprise qui démarche sa clientèle en Suisse romande. Exemple de la littérature de SuissePhone: «La facture concernant la résiliation nous n’allons pas annuler. Comme elle a eu un contrat pour 12 mois, elle a été liée de rester jusqu’à la fin du contrat.» (pièce 8) Ou encore: «Vous avez le délai pour ce paiement jusqu’au 16.09.2012. Ça c’est la dernière proposition en cours de la grâce de notre part.» (pièce 20).
Jusqu’à cette brève circulaire du 7 septembre 2012, un classique de la maison réservé à tous ceux qui démontrent un pouvoir de résistance supérieur à la moyenne: «Votre contrat est terminé, parce que nous voulons seulement des clients satisfaits. Vous ne devez pas payer les frais de résiliation du 289 fr.»
Moralité de l’histoire: ne cédez pas à des pressions, certes bien organisées, mais qui ne sont que du bluff. SuissePhone sait que ses méthodes seront certainement désavouées par l’ombudscom ou la justice. Il insiste donc, parce que ça marche souvent, mais n’a aucun intérêt à pousser le bouchon trop loin. Car un juge pourrait alors lui demander pourquoi, lui qui a tellement de problème avec la langue française, a choisi le nom très francophone de SuissePhone et non de SchweizPhone. Parce que – phonétiquement – le nom allemand ne ressemble pas assez à Swisscom?
Christian Chevrolet


