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Une étiquette, ça trompe énormément

alimentation Les données nutritionnelles sur les emballages sont des artifices marketing qui omettent des informations bien plus importantes.

Quelle cacophonie visuelle! De­bout devant un rayon d’un supermarché, il est difficile d’obtenir une information nutritionnel-le uniformisée, comparable d’un produit à l’autre et, surtout, véritablement utile au consommateur. Un rapport de la Société suisse de nutrition, publié en 2012, pointait déjà du doigt ce problème: «Un consommateur sur deux a des difficultés à comprendre les informations nutritionnelles figurant sur les emballages.» Même les professionnels s’y perdent. Se­lon Mélanie Berrut, diététicienne diplômée ES, à Aigle, «ces informations ne sont pas adaptées et servent surtout à mettre en avant des données marketing avantageuses.»

Ces indications, ce sont les repè­res nutritionnels jour­naliers (RNJ) figurant le plus souvent dans de petites ca­ses appelées «calories», «lipides», «acides gras saturés», «sucre» ou encore «sel». Visuellement attrayantes, elles con­tien­nent, en fait, de pures données marketing. Pas étonnant, puisque le concept a été mis au point en 2007 par dix entreprises agroalimentaires (Coca-Cola, Danone, Kellogg’s, Kraft Foods, Masterfoods, Nestlé, PepsiCo, Unilever, Monoprix, Orangina-Schwep­pes). Leur abandon est programmé dans l’Union européenne (lire en­cadré).

Référence inutile

Les pourcentages indiqués font référence à une portion repère calculée sur la base de la consommation moyenne d’un adulte, soit 2000 calories par jour. Référentiel inutile, voire carrément trompeur, pour tous les aliments destinés aux enfants, notamment. Dans ce contex­te, même le consommateur le plus vigilant ne peut qu’y perdre son latin.

Par ailleurs, sous prétexte d’indiquer des informations nutritionnelles importantes, les industriels passent sous silence d’autres données, pourtant cruciales pour les consommateurs.

Edulcorants

Ainsi, les boissons dites «light» et «zéro» contien­nent des édulcorants. C’est le cas pour le ­Coca-Cola Zero qui, comme de nombreux sodas édulcorés, contient du cyclamate, de l’acésulfame-K et de l’aspartame. Le premier est synthétisé à partir du benzène (solvant cancérigène avéré), il est interdit aux Etats-Unis. Le second figure parmi les cancérogènes probables. Le dernier, très controversé, est classé parmi les cancérigènes certains par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Mais il n’est fait aucune mention des quantités, des limites de consommation à prévoir, ni de mises en garde. On préfère mettre en avant que le produit ne contient pas de sucre, et donc presque pas de calories.

Sirop de glucose

Autre exemple, tout aussi éloquent: les céréales pour le petit-déjeuner des enfants. La plupart, comme ici les Chocos Krispies, de Kellogg’s, mettent en avant leur faible taux d’acides gras saturés et les efforts mis pour diminuer la présence de sucre par portion. Mais la portion fait référence aux besoins alimentaires d’un adulte, pas d’un enfant. En parcourant la liste des ingrédients, on découvre également la présence de sirop de glucose. Or, il prédispose au diabète, au surpoids et aux problèmes cardiovasculaires chez les adolescents. Pourtant, là aussi, il n’est fait mention d’aucunes quantités, ni de mises en garde.

Annick Chevillot