
Faire sa bière, de 60 fr. à 500 000 fr.
De plus en plus de Suisses produisent leurs propres bières, dans leur cuisine ou en ouvrant carrément une microbrasserie. Mais combien faut-il investir?
«Le plus dur, quand on fait de la bière, c’est qu’il faut attendre deux mois pour la boire», glisse, amusé, Stéphane Levet, de biereartisanale.ch, une société créée en 2012 pour équiper les brasseurs artisanaux. Il est vrai que, au début du moins, cela n’a étonnamment rien de sorcier. Des kits dédiés aux néophytes permettent d’en produire 20 litres dans sa cuisine sans connaissance préalable.
En gros, il suffit de verser du concentré, du sucre, de l’eau et de la levure dans un seau en plastique, de le refermer, de patienter, d’embouteiller, puis d’attendre encore, et le tour est joué.
Le prix? Une soixantaine de francs. Le matériel est réutilisable avec une recharge de concentré (blonde, blanche, etc.) vendue 16 fr., ce qui fait chuter le coût au litre. Quant au résultat, «il équivaut aux bières commerciales», relève Medi Warmbrodt, un Yverdonnois qui «aime offrir des bières maison et des pots de confiture» à ses amis. Après avoir commencé par le kit de base, le quadragénaire est passé à l’étape suivante: le brassage tout grain. Il ne s’agit plus, ici, de concentré, il faut travailler les matières premières. Cette méthode, abondamment détaillée sur la toile, permet de personnaliser sa bière à volonté. «On peut comparer cela à une recette de cuisine, on développe son propre style», résume Stéphane Levet. Et, au niveau du budget, cela reste très abordable, un équipement basique coûtant moins de 200 fr. (lire encadré).
480 brasseries artisanales
Si Medi Warmbrodt en est resté au stade de la production dans sa cuisine, d’autres ont carrément créé leur propre brasserie artisanale. Le phénomène a même connu un incroyable boom, puisqu’il en existe près de 480 dans le pays! Certains y sont allés progressivement, comme le Lausannois Philippe Badan et ses Fleurs du Malt, «brassées avec du rock’n’ roll» et qui a fait ses premières armes dans un lieu alternatif, il y a quinze ans, avant de se développer «petit à petit sans jamais faire de business plan».
D’autres ont mis le turbo. Chez 7Peaks (7peaksbrasserie.ch) à Morgins (VS), Robby Collins et son épouse Corinne ont commencé, en 2011, dans leur cuisine. Deux ans plus tard, en août 2013, ils réalisaient leur rêve et fondaient leur microbrasserie dans une ancienne piscine couverte! Pour l’instant, Robby brasse le week-end, en sus de son travail, et Corinne se consacre à 7Peaks à plein temps. Leur investissement de base: 100000 fr. Grosso modo, cette somme a été investie pour un tiers dans l’aménagement des lieux, un tiers dans les cuves et un tiers pour les matières premières et l’embouteillage. Actuellement, «l’entreprise s’autosuffit elle-même». A terme, il est prévu que Robby s’y consacre, lui aussi, à plein temps pour assurer son développement.
Un demi-million, sans les banques
Arthur Viaud, Jeremy Pernet et Kouros Ghavami ont également engagé 100 000 fr. pour fonder leur brasserie – La Nébuleuse – il y a trois ans. Passionnés par le houblon, mais aussi par l’entrepreneuriat, les jeunes gens, tous-trois titulaires d’un master universitaire, ont décidé de passer à l’étape supérieure et de presque quadrupler leur capacité de production maximale à 25 000 l par mois. A 26 ans, ils ont réussi l’exploit de réunir 500 000 fr. d’investissements privés sans les banques (cinq établissements ont refusé) pour leur nouvelle installation à Renens (VD). Comme Corinne et Robby, ils ne roulent pas sur l’or, la panne d’une machine venant d’ailleurs de leur coûter leur salaire. Mais ils croient, eux aussi, que les bières du terroir sont capables de grignoter des parts de marché à leurs insipides cousines industrielles. Pour l’heure toutefois, seule une centaine des 480 brasseries artisanales suisses seraient rentables.
Sébastien Sautebin


