
Gaz naturel: les ménages trompés par millions
Qui fait la cuisine ou se chauffe au gaz naturel, paie trop. C’est la conclusion du Surveillant des prix, qui s’est attaqué au monopole de l’acheminement du gaz et à ses tarifs «abusivement élevés».
Longtemps, la branche gazière s’est opposée à une baisse des prix. Il a fallu attendre le mois d’octobre dernier pour que l’importateur unique Swissgas signe enfin un accord avec Monsieur Prix, qui l’oblige à des réductions de l’ordre de 15 millions de francs sur le coût d’acheminement. Pour le consommateur, cela devrait se traduire par une diminution des tarifs de 9,4% en moyenne, à condition que les distributeurs locaux la répercutent bien sur le coût final du gaz naturel. Le surveillant des prix doit se charger de le vérifier: il en a la compétence, car, à l’instar des fournisseurs d’électricité, les distributeurs de gaz disposent d’un monopole sur la vente aux particuliers.
Le cours du gaz baisse…
Mais les frais d’acheminement surfacturés ne sont qu’une partie du problème. Depuis 2013, le cours du gaz naturel a, ainsi, baissé de 20%, sans que les ménages en profitent. Au contraire: pour une consommation de 20 000 kWh, ils paient en moyenne 2% de plus aujourd’hui, comme le montre l’indice des prix à la consommation de l’Office fédéral de la statistique et le prix de négoce à la Bourse du gaz NCG du sud de l’Allemagne (voir graphique). C’est là que se fournit l’importateur unique Swissgas, une société de négoce qui revend la matière première à quatre sociétés régionales. Celles-ci, actionnaires de Swissgas, revendent à leur tour le gaz aux distributeurs locaux sur le territoire suisse, le tout à prix coûtant. Un système développé, selon les acteurs de la branche, dans le but d’optimiser le coût des achats et non pour engranger des bénéfices.
Du côté des quatre grands revendeurs régionaux – Erdgas Ostschweiz, GVM, EGZ et Gaznat pour la Suisse romande – même discours: le gaz est revendu aux distributeurs locaux au meilleur prix possible. Ce qui est difficile à vérifier, car leurs rapports annuels n’indiquent pas combien d’argent les intermédiaires gardent pour eux. Seul EGZ dévoile des chiffres: il verse à chacun de ses actionnaires un dividende de 1 million de francs. Quant à Swissgas, il refuse de divulguer les montants de ses achats et à commenter l’écart grandissant entre prix d’achat et prix de vente au client final. De plus, il ne publie ni compte de résultat ni bilan.
… le prix final pas du tout
Selon Simon Pfister, collaborateur à la Surveillance des prix, les fournisseurs locaux répercutent souvent les baisses du prix du gaz aux ménages avec un décalage dans le temps. Seules des études individuelles menées par l’autorité de surveillance peuvent montrer qu’ils le font dans leur totalité. Mais une chose est sûre: les prix qu’ils réclament sont souvent trop élevés.
A l’instar de ceux d’Energie Service Bienne (ESB), contraint par Monsieur Prix de réduire ses tarifs d’au moins 5% en octobre dernier.
Au contraire des ménages, les gros clients peuvent, eux, choisir librement leur fournisseur. Et ils profitent déjà, depuis un certain temps, de la baisse des prix sur le marché, assez considérablement. Exemple: l’entreprise Lonza (Viège/VS) achète directement sur la Bourse allemande du gaz, ce qui lui a permis une économie initiale de l’ordre de 30%. Selon ses dires, le gain est plus faible aujourd’hui, mais toujours bien réel.
Du simple au double
Si les ménages bénéficiaient aussi de la liberté de choix du fournisseur, ils pourraient réaliser des économies substantielles, tant les différences de prix sont énormes: un ménage type qui consomme chaque année 20 000 kWh de gaz naturel paie ainsi 1300 fr. à Sion, contre 2610 fr. à Vevey! «Nos tarifs sont fixés en fonction des charges d’exploitation, qui dépendent notamment de la taille et de la densité des réseaux. Ils servent aussi à autofinancer nos investissements et à verser une rémunération à nos actionnaires», se défend Antoine de Lattre, directeur de Holdigaz, la société privée qui fournit la région veveysanne. Il en va, bien entendu, autrement lorsque le fournisseur est une SA dans des mains publiques, comme à Sion: «Certains distributeurs ont une autre politique, voulue par leurs organes de décision. Elle vise à offrir le gaz au plus près du prix de revient, pratiquement sans marge, voire même à perte, certains coûts étant pris en charge par d’autres services publics», ajoute-t-il.
Yves Demuth/Vincent Cherpillod


