
2e pilier: rente ou capital?
Les rentes du 2e pilier ne cessent de diminuer. Le retrait du capital est-il une alternative raisonnable? Réponse en chiffres.
En proposant d’abaisser de nouveau le taux de conversion de notre prévoyance professionnelle (2e pilier), le Conseil fédéral réduit encore le montant des rentes qui complètent l’AVS. Le futur retraité peut donc être tenté de retirer son capital et de le gérer lui-même, pour autant qu’il le puisse (les caisses ont l'obligation de verser 25% du capital seulement, mais, la plupart acceptent de céder l'intégralité). Mais, aujourd’hui, les placements sans risque ne rapportent pas grand-chose et les réserves ainsi constituées risquent donc de rapidement s'amenuiser...
En fait, le dilemme serait moins complexe si nous pouvions connaître l'année de notre mort! Les avantages et les inconvénients des deux options sont, en effet, assez faciles à résumer.
- La rente est sûre, simple (pas besoin de surveiller les placements) et garantie à vie (pas de souci de longévité), mais n'offre aucune flexibilité, et donc moins de possibilités durant les premières années de la retraite. Par ailleurs, les héritiers n'ont rien à espérer (sauf le survivant marié et les enfants à charge – lire encadré).
- C’est à peu près le contraire avec le retrait du capital: il permet une gestion autonome (on retire chaque mois ce qu’on veut), mais astreignant (il faut gérer un placement relativement important au début de l’exercice) et, une fois consommé, il ne reste plus que l’AVS comme revenu régulier. En revanche, en cas de décès prématuré, le solde fait partie de la succession.
En résumé: les personnes convaincues qu’elles décéderont relativement tôt ne devraient pas hésiter et choisir le retrait du capital, alors que celles qui visent les 100 ans ont tout intérêt à opter pour la rente. Facile à dire, plus difficile à évaluer! Voyons, dès lors, les choses concrètement.
L’exemple de Xavier
Prenons l’exemple de Xavier, 65 ans, qui entre en retraite à l’âge légal. Divorcé mais père de deux enfants qui ne sont plus à charge depuis longtemps, il peut compter sur:
- une rente AVS maximale, soit 28 080 fr./an ou 2340 fr./mois en 2014;
- un capital de 2e pilier se montant à 500 000 fr.;
- un compte de 3e pilier a doté de 72 000 fr.;
- un compte d’épargne avec 20 000 fr.
Pour déterminer les charges fiscales, précisons enfin qu’il est locataire à Lausanne.Comme tout le monde, il se pose évidemment la question: rente ou capital pour mon 2e pilier?
Même train de vie
Voyons d’abord l’évolution des deux options si Xavier observe un comportement strictement identique, c’est-à-dire qu’il se contente des rentes (ou leur équivalent s’il choisit de toucher le capital) et consomme ses autres économies (3e pilier et épargne) en puisant, chaque année, 5000 fr. pour un beau voyage.
La rente à vie
Le tableau (A) résume, année après année, la situation financière de Xavier s’il choisit la solution de la rente. Le montant de cette dernière est calculé en multipliant le capital par un taux de conversion de 6,1%, qui correspond à la moyenne entre le taux minimum légal pour la part obligatoire (6,4% en 2014) et la part surobligatoire (5,8% dans sa caisse de pension), soit 30 500 fr. par an.
Si on ajoute la rente AVS (28 080 fr.), notre exemple dispose donc d’un revenu annuel assuré de 58 580 fr. (1). Mais c’est compter sans les impôts, que les personnes préparant leur retraite ont tendance à sous-estimer*. La première année, ils vont, en effet, se monter à 10 123 fr. (2) en tenant compte de la fortune (5) et de son rendement, soit un modeste 1% (6) pour une somme inférieure à 100 000 fr. placée sans risque (qu'il laisse fructifier avec le solde de l'épargne).
Le revenu après impôts de Xavier tombe, dès lors, à 48 457 fr. (3), soit 4038 fr. par mois, qui ne sera pas multiplié par deux (13e salaire) en décembre… Notre jeune retraité décide donc de puiser 5000 fr. par an (4) dans sa fortune, qui se monte à 87 390 fr. (5) après déduction de l’impôt unique prélevé par le fisc lorsque Xavier a vidé son compte 3a.
Il va, ainsi, pouvoir compléter son revenu jusqu’à l’âge de 84 ans, puis devoir se contenter des rentes, assurées à vie. Au cas où il décède prématurément, ses deux enfants ne toucheront que le solde de la fortune, par exemple 44 222 fr. l’année de ses 75 ans.
Le retrait du capital
Le tableau (B) récapitule le même exercice avec le retrait du capital. Xavier ne peut compter que sur sa rente AVS (7), mais, avec son 2e pilier (436 511 fr. après impôt unique), sa fortune totale se monte à 523 901 fr. (10). Une somme suffisante pour diversifier les placements sans trop de risques et obtenir un intérêt de 2% (11). Il devra également payer des impôts sur sa rente AVS, la fortune et son rendement (relativement important au début de l’exercice), qui se montent à 6754 fr. la première année (8).
Si notre exemple veut atteindre exactement les mêmes objectifs qu’avec la solution de la rente, soit un revenu annuel de 48 457 fr. (tableau A (3)) avec un complément de 5000 fr., il va devoir puiser un peu plus de 32 000 fr. chaque année (9) dans sa fortune. Pour bien comparer, admettons qu’il cesse aussi de ponctionner 5000 fr. pour les voyages dès sa 85e année, comme il y serait astreint avec la solution des rentes.
On voit, dès lors, qu’il peut mener le même train de vie qu’avec l’option de la rente jusqu’à l’épuisement de sa fortune, à 88 ans. Mais, s'il vit plus longtemps, il va alors devoir se contenter de l’AVS, soit 26 872 fr. après impôts, contre 48 835 fr. s’il avait choisi la rente.
En revanche, s’il décède prématurément, ses enfants hériteront d’un capital nettement plus élevé, par exemple 302 211 fr. l’année de ses 75 ans.
Plus avant, moins après
Xavier a toutefois de l’ambition et souhaite vivre à fond ses premières années de retraite. Il a donc fait un budget où il souhaiterait disposer d’un revenu mensuel de 5000 fr. par mois (après impôts) jusqu’à ses 74 ans inclus, puis de 4500 fr. le plus longtemps possible. Il se demande si c’est jouable…
- Très partiellement avec l’option de la rente (tableau C). Car, pour réaliser son objectif, il a besoin de 11 543 fr. la première année (12), à peine moins ensuite. Sa fortune (13) sera donc épuisée au début de sa 74e année. Après, il devra se contenter de ses rentes (4070 fr./mois).
- Plus efficacement avec le retrait du capital, puisque cela sera possible jusqu’à sa 84e année incluse. En revanche, dès cette échéance, il ne disposera plus que de sa rente AVS!
Les calculs sont faits, rien ne va plus!
Christian Chevrolet
*Lire dans nos archives électroniques (gratuites pour nos abonnés) «Le budget, avant et après la retraite» 6/7 2013.


