
12 chasselas de supermarchés: deux petits millésimes!
Malgré la baisse de la consommation des vins suisses, le chasselas reste le vin blanc le plus bu du pays. Il sort de deux petits millésimes et l’offre en supermarché s’en ressent, hélas.
Traditionnellement, notre magazine déguste, au printemps, les «nouveaux arrivages» de chasselas de supermarchés. Cette année, compte tenu de l’abondance des 2013 dans les rayons (à la fin d’avril, le site de Coop en ligne signalait encore, sur ses 50 références, une moitié de 2013 et une moitié de 2014), nous avons innové en soumettant à notre jury treize chasselas de 2014 et onze de 2013. Le millésime était la seule indication donnée aux dégustateurs. Le tableau ci-contre n’est donc que la partie émergente de l’iceberg où figurent les douze meilleures bouteilles.
Un blanc qui ne supporte pas les défauts
Réputé neutre et peu aromatique, rarement élevé en barrique, le chasselas supporte mal des défauts qui, sur d’autres vins, pourraient être gommés par des artifices. Les œnologues ne manquent pourtant pas d’astuces: le gaz carbonique en est une. Il donne du peps, mais ajoute de l’amertume et sèche la bouche. Autres artifices, la macération préfermentaire et la vinification à froid, qui laissent des traces, arômes de banane, de bonbon anglais ou de fruits exotiques.
Quelques vins «travaillés» ont donc logiquement divisé notre jury, les deux dégustateurs membres de la Commission du label vaudois Terravin, Jean Solis et Richard Pfister, étant, du reste, les plus sévères de notre jury. L’œnologue-parfumeur a repéré plusieurs fois un autre défaut majeur du chasselas lémanique: le «stress hydro-azoté», par lequel la carence d’azote se traduit par une déviation aromatique, un phénomène mis en lumière par des études à Changins.
Le plus cher en queue
Au final, que reste-t-il de cette vaste dégustation? En commençant par la fin, les sept derniers vins ont certes le mérite de se hisser dans le tableau, mais avec des notes tout juste satisfaisantes. On remarquera le trio du Chablais, deux 2014 en «marques d’acheteur» (Coop) et Les Murailles, le chasselas le plus vendu de Suisse et la bouteille la plus chère de notre test. Aucun de ces vins n’est un Grand Cru, encore moins un 1er Grand Cru, seules indications, en Pays vaudois, qui montrent que le raisin vient à 90% de la commune mentionnée en gros caractères sur l’étiquette. Ces trois vins sont en AOC Chablais, donc susceptibles d’un assemblage de 60% du lieu (de production) indiqué sur l’étiquette et de 40% du reste de l’AOC (Chablais), augmenté de 10% de vin blanc vaudois.
En remontant le tableau, le seul 1er Grand Cru vaudois, le Château de Malessert, venant de La Côte, frappée par la grêle en 2013, stagne dans le peloton groupé des vins modestes, devancé par le seul Neuchâtel 2014, à la vinification résolument moderne, et le seul genevois, vinifié sur terre vaudoise.
Bien lire l’étiquette
Reste le quinté de tête. Quand un dégustateur a éliminé les défauts d’acidité, d’amertume et, combinaison des deux, d’astringence, ses papilles risquent d’être abusées par une certaine sucrosité, cache-misère qui emballe si bien les vins. Le Mondial du Chasselas, à Aigle, et la Sélection des vins vaudois vont, du reste, introduire une analyse chimique du plafond de sucre dès cette année…
Une impression de douceur a été perçue dans quatre des cinq premiers vins. En 2013 et 2014, le soleil (légendaire) du Valais a été profitable au chasselas local, le fendant. Les deux vins vaudois sur le podium viennent de La Côte (la moitié du vignoble vaudois), les Lavaux de supermarchés ayant sombré dans les profondeurs du classement… On remarquera que le vainqueur du jour, le Château d’Allaman, élaboré par une des sociétés du groupe Schenk, est un Grand Cru. Et que le Luins 2014 est le seul rescapé des vins d’entrée de gamme (6.75 fr. en bouteille de 70 cl), signé Hammel SA à Rolle.
Pierre Thomas


