
Chasselas tout neuf
Le chasselas, vin blanc le plus produit en Suisse, arrive tôt. Test des 2010 tout frais chez quatre distributeurs qui se livrent une bataille des prix sans merci.
Avec une maturité allongée, bénéficiant d’un bel automne, 2010 est une année plus classique que la très chaude 2009, et donc plus favorable au chasselas, le raisin blanc le mieux adapté au climat romand. Une acidité positive, de la minéralité, sur une structure friande: globalement, les vins dégustés par le jury de Tout Compte Fait sont d’un bon niveau, même si la précocité de la mise en bouteilles ne leur permet pas toujours d’exprimer tous leurs arômes. Mais c’est une tradition suisse: le consommateur attend avec impatience son vin d’apéritif.
Des vins vaudois d’abord
A Coop (le principal vendeur de vins en Suisse), chez son concurrent Denner et les «hard discounters» Lidl et Aldi, ces premiers chasselas 2010 sont exclusivement vaudois et valaisans. Rien d’étonnant à cela: Vaud cultive 58% des surfaces suisses plantées en chasselas et le Valais, 25,5%. Ce sont donc les négociants et producteurs de ces deux cantons (représentant 76% de la consommation de vin blanc romand) qui fournissent les grandes surfaces en priorité.
Notre jury dégustait à l’aveugle et n’avait aucune information sur les vins ou leur ordre de service. Les trois premiers classés sont vaudois. Le premier valaisan est un «blockbuster», le Fendant Les Chanoines, de Provins-Valais, tiré à plusieurs centaines de milliers de bouteilles, troisième ex æquo.
Dans le trio de tête, deux vins de Léderrey SA à Grandvaux, une société présente chez Lidl et Aldi. Sous la marque Lys d’Or, son Saint-Saphorin, AOC Lavaux, s’impose, devant un autre Saint-Saph’ du même producteur. Entre les deux s’intercale le Morges Vieilles Vignes, AOC La Côte, de la Coopérative Uvavins, le seul flacon arborant le label Terravin (qui ne distingue que 5% des vins vaudois).
Un seul «chasselas»… allemand
En Suisse, le chasselas affiche toujours son origine, plutôt que le cépage. Le seul vin qui mentionne «chasselas» – et en français! – est d’origine allemande, de la grande coopérative de la région de Bade (1050 ha de chasselas, soit autant qu’en Valais). A moins de 4.50 fr. le litre (!), il s’écarte du style souple et friand des vins suisses, au profit d’une acidité plus marquée, sans doute parce que tout ou partie de ce vin n’a pas fait sa deuxième fermentation, la malo (-lactique). Mais il laisse derrière lui deux vins jugés moins bons encore, un fendant et un dézaley, le vin le plus cher de la dégustation.
Parlons argent, justement. Dans les rayons, les trois premiers vins affichent la même valeur, soit 9.50 fr. et 9.79 fr. Mais, dans la bataille des prix, chaque centime compte! En réalité, à contenant égal (75 cl), celui à 9.79 fr., logé dans une bouteille de 70 cl, est vendu 10.28 fr. Sachant qu’on achète «une bouteille», cette différence, apparemment minime, trompe le consommateur. Avec son nouveau flacon, Provins, s’aligne sur la contenance de 75 cl. Et l’Office fédéral de la métrologie a l’intention de supprimer les bouteilles de 70 cl, propres à la Suisse, au profit des 75 cl. Mais certains Vaudois font de la résistance: au pays du Major Davel, le «fédéralisme» ignore le «consumérisme».


