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Nouveaux coups durs pour le 2e pilier

Le Conseil fédéral persiste et signe: il veut diminuer les prestations des futurs retraités. Notre calculateur permet de mesurer les dégâts.

Publié en toute discrétion en fin d’année dernière, le rapport fédéral sur l’avenir du 2e pilier est un nouveau pavé jeté dans la mare. Non seulement il propose – moins de deux ans après un clair rejet par 72% du peuple – une baisse du taux de conversion, donc une diminution des rentes, mais il évoque encore d’autres pistes peu populaires: relever l’âge de la retraite, augmenter les cotisations, réduire les rentes en cours, etc.

Face au débat à venir, Tout Compte Fait, particulièrement impliqué dans le référendum qui s’opposait à la baisse du taux de conversion, a imaginé un calculateur vous permettant de mesurer concrètement quelle influence chaque décision peut avoir sur votre future retraite*. Après avoir entré des données que vous trouverez dans le certificat d’assurance 2012, vous pouvez modifier différents paramètres (taux de bonification, taux d’intérêt, indexation, âge de la retraite, taux de conversion, etc.) et mesurer l’impact de ces modifications sur le capital épargné et votre future rente.

Exemple concret

Les cotisations pour l’épargne commencent légalement dès le 1er janvier suivant l’année du 24e anniversaire de l’assuré. Prenons, dès lors, l’exemple d’un employé né le 28 mai 1987, disposant d’un salaire de 5000 fr. (fois 13), et qui a donc commencé à épargner depuis le début de cette année. Une fois la déduction de coordination (voir salaire assuré dans le glossaire ci-contre) faite, le salaire assuré est de 40 640 fr.

- Scénario minimaliste et quasi surréaliste: le salaire ne bouge pas durant plus de 40 ans et l’épargne n’est servie d’aucun intérêt durant le même laps de temps! Si les cotisations sont fondées sur le minimum légal (taux de bonification), notre employé aura épargné environ 206 000 fr. pour sa retraite, part patronale incluse.

- Mais évidemment, son salaire va régulièrement être revu à la hausse, ne serait-ce que pour combler l’inflation. Pour ces indexations, mais aussi les augmentations et d’éventuelles primes ou d'autres sortes de gratifications ponctuelles, nous pouvons raisonnablement escompter 2,5% par an en moyenne. Du coup, ce sont plus de 382 000 fr. qui seront à disposition à 65 ans.

- Par ailleurs, la situation économique est certes morose, mais il est tout de même peu vraisemblable qu’un capital placé sur un horizon de 40 ans ne puisse pas, par la suite, rapporter plus que le taux d’intérêt minimal (1,5%) fixé pour 2012 par la Confédération. Par mesure de prudence, optons toutefois pour une moyenne raisonnable de 2,75%, tant pour la part LPP que la part surobligatoire (voir salaire assuré dans le glossaire ci-contre). Le capital passe alors à presque 580 000 fr.

- Avec le taux de conversion que nous atteindrons en 2014, soit 6,8% pour la part LPP, et un taux inférieur actuellement pratiqué par de nombreuses caisses de pension (5,7%) pour la part surobligatoire, cela lui donnera droit à une rente mensuelle de 3274 fr. Avec le taux de conversion que la Confédération aimerait de nouveau imposer (6,4%), cette rente serait diminuée de presque 200 fr. par mois, pour passer à 3084 fr.

- Or, si le Conseil fédéral tente ce nouveau coup de force, c’est parce qu’il s’appuie sur une table de mortalité relativement optimiste, puisqu’elle décrète que, en 2015, les Suisses qui arrivent à la retraite vivront, en moyenne, jusqu’à 85,5 ans et les Suissesses jusqu’à 88,3 ans. Avec un taux de conversion de 6,4%, le compte est bon: le capital suffira à verser la rente jusqu’au décès. Avec un taux de 6,8% en revanche, il va manquer quelque 62 000 fr.

Baisser le taux de conversion

Comme le peuple a clairement refusé, en mars 2010, la baisse du taux de conversion de nouveau demandée, la Confédération propose des mesures pour le maintien du niveau des prestations. Les deux principales consistent à abaisser la déduction de coordination de 7/8es à 6/8es, ou à augmenter les taux de bonification uniformément de 1%.

- En abaissant la déduction de coordination de 1/8e, on augmente le salaire assuré de 3480 fr. Mine de rien, sur 40 ans de cotisations, cela représente un capital supplémentaire d'environ 50 000 fr. pour notre exemple.

- Même résultat en augmentant uniformément les cotisations de 1% (donc de 0,5%, au plus, pour l’employé).

Autrement dit: en abaissant le taux de conversion de la part LPP à 6,4%, mais en compensant avec une telle mesure, on s’approcherait, en effet, d’une opération blanche pour l’assuré. Reste que cela n’est valable que pour une personne qui a 40 ans de cotisations devant elle: la Confédération a donc prévu des solutions transitoires pour les assurés plus âgés, notamment en compensant leur rente avec un fonds géré par un pool ad hoc, ce qui nécessiterait une hausse de 0,5 pour mille de la masse des salaires assurés LPP. Pas facile à faire passer au Parlement!

Repousser la retraite

Autre option, enfin, envisagée par la Confédération: on ne touche pas aux taux de conversion, mais on augmente l’âge de la retraite, actuellement fixé à 65 ans pour les hommes et à 64 ans pour les femmes. Double avantage: la période de cotisations est augmentée et celle de la «consommation» (versement de la rente) est diminuée. En décidant que les hommes travaillent jusqu’à 67 ans, on pourrait, en effet, maintenir le taux de conversion de notre exemple à 6,8%.

Poussée d’optimisme

Pourtant, rien de tout cela ne serait nécessaire avec une petite poussée d’optimisme. Imaginons, par exemple (voir simulation de notre calculateur à la page 22), que l’économie reprenne des couleurs et permette, dans les 40 ans à venir, de compter sur un rendement moyen de 3,5% au lieu des 2,7% retenus dans notre scénario. Il  serait alors tout à fait possible de prendre sa retraite à 65 ans et de vivre jusqu’à 85,5 ans sans mettre le 2e pilier en péril, tout en continuant de toucher une rente calculée avec un taux de conversion de 6,8%!

Christian Chevrolet

Bonus web: retraite du 2e pilier