
Télésurveillance: gare aux amateurs!
Des entreprises aux méthodes très agressives proposent des alarmes bon marché, mais qui, bien souvent, ne servent qu’à effrayer les oiseaux.
Le marché de la sécurité ne connaît pas la crise. Surfant sur le sentiment d’insécurité – réelle ou supposée –, des sociétés voient régulièrement le jour qui proposent des installations d’alarmes à prix cassés. Et disparaissent tout aussi vite, une fois leurs profits engrangés ou la faillite prononcée, laissant leurs clients avec une installation défectueuse ou inefficace sur les bras.
L’histoire du couple Allo Varela est un cas d’école. Habitant un bel appartement sur rez dans un quartier plutôt tranquille de Prilly (VD), il reçoit, le 15 mars 2011, la visite d’un démarcheur de la société Domosécurité Sàrl. Savait-il que les anciens locataires s’étaient fait cambrioler deux ans auparavant? Mystère!
Toujours est-il que l’affaire est vite conclue. De prime abord, l’offre est intéressante: pour 128.50 fr. par mois, la société propose d’installer une alarme sonore reliée à une centrale connectée 24 h sur 24. Au moindre frémissement dans la maison, des agents sont censés les alerter, voire se rendre sur place pour constater l’intrusion avant d’appeler la police. L’installation et le matériel, coûtant 6000 fr. (entre 2000 fr. et 3000 fr. chez Securitas Direct), sont «offerts». En contrepartie, il faut signer le jour même un contrat bloqué pour cinq ans fermes.
Contrat en déshérence
Mais à peine les ouvriers de Domosécurité ont-ils rangé leurs outils que les ennuis commencent. Il s’avère tout d’abord que l’alarme interfère avec le téléphone fixe qui, de ce fait, sonne perpétuellement occupé. Puis, le 29 mai, branle-bas de combat: l’alarme se met à sonner à tout rompre, alors qu’il n’y a pas l’ombre d’un chat dans la maison. A la centrale d’alarme, cependant, personne ne bronche, démontrant l’inefficacité du dispositif.
Depuis cette date, les époux Allo Varela tentent désespérément d’annuler le contrat signé avec Domosécurité. Mais ses responsables se sont évanouis dans la nature et la société a finalement été dissoute par la justice le 17 novembre 2011. Deux entreprises ayant pignon sur rue ont repris les contrats de maintenance: Sedis Sàrl et Global-Securite.ch. C’est d’ailleurs cette dernière qui répond au téléphone toujours attribué à Domosécurité. Mais aucune des deux n’a hérité du contrat des Allo Varela: il semble donc qu’il a disparu avec la faillite.
Or, pendant ce temps, la société de financement Parfip Suisse SA continue de réclamer les frais d’abonnement à la famille Allo Varela, comme si de rien n’était, tout en ignorant ses courriers, et les nôtres! Car, quand Domosécurité gagnait un client, elle revendait ipso facto le contrat à Parfip, ou plutôt les droits d’encaissement. Ce montage singulier permettait à l’entreprise de disposer immédiatement d’argent frais, sans mobiliser de fonds propres. Charge ensuite à Parfip de récupérer sa mise (et sa commission) en encaissant les mensualités prévues jusqu’à la fin du contrat. Mais une chose est sûre, elle ne touchera plus un sou des Allo Varela.
Philippe Chevalier
Bonus web: pas de fausses alarmes!


