
11 taux d’intérêt pour les prêts: les taux des petits crédits restent très élevés
Les taux d’intérêt directeurs en Suisse ont atteint un niveau historiquement bas. Pourtant, les crédits à la consommation restent chers. Les établissements concernés ne souhaitent pas s’exprimer, mais leurs bénéfices flambent.
Un petit crédit avec 7,9% d’intérêt ou même 11,9% selon votre profil! Ce taux élevé est pratiqué par la société cashgate, partenaire de plusieurs banques que nous avons contactées (voir tableau). Comment cette dernière a-t-elle fixé ces pourcentages et quelles sont ses marges? Elle n’a pas souhaité nous l’expliquer. Pas de commentaires non plus sur les 14,93% appliqués en cas de paiement partiel de la facture de la carte de crédit par Viseca, partenaire également de nombreuses banques. Ces deux entreprises font partie du groupe Aduno, qui appartient, lui-même, aux banques cantonales et à quelques autres.
Bien sûr, ces sociétés n’ont pas fait vœu de philanthropie. Il n’empêche: alors que l’épargne, notamment, ne rapporte plus rien, les taux d’intérêt des crédits à la consommation frisent toujours l’indécence en Suisse. Qu’on en juge avec les chiffres que nous ont fournis plusieurs établissements bancaires: de 5,9% à 13,9% pour les petits crédits, de 8% à 12,5% quand le client est autorisé à avoir un découvert sur son compte courant ou encore de 9,9% à 15% lorsqu’il a choisi l’option de paiement partiel pour sa carte de crédit (voir tableau)!
Ils devraient baisser
Là où le bât blesse, c’est que ces taux n’ont que peu ou prou baissé récemment, alors que le niveau des taux d’intérêt directeurs est en chute constante depuis plusieurs années. Or, ces derniers sont aussi censés influencer ceux des crédits à la consommation. Un rapport de la BNS, datant de 2013, souligne ainsi que le Libor à trois mois «est de loin le taux de référence le plus important pour les banques quand il s’agit de fixer le taux des crédits».
D’ailleurs, la situation est telle qu’elle a incité le Conseil fédéral à proposer, en décembre 2014, d’abaisser le taux maximal des crédits à la consommation de 15% à 10%. Le projet, vivement contesté par certains milieux, dont l’USAM et l’Association suisse des banquiers, a pris du retard, mais les sept Sages devraient prendre leur décision avant la fin de l’année.
Dans tous les cas, le mode de calcul du taux maximum proposé par le gouvernement est intéressant, puisqu’il consisterait à se fonder sur le Libor à trois mois en y ajoutant 10%. Si l’on appliquait cette formule actuellement, le maximum pour les crédits à la consommation serait de 10% au plus, puisque le Libor est négatif. Les petits crédits à 11,9% de cashgate pour les profils les plus risqués dépasseraient donc cette limite, de même qu’une partie des taux fixés pour les découverts des comptes courants et presque tous ceux qui concernent les paiements partiels des cartes de crédit!
Dès 5,6%, la banque a une marge
En revanche, les petits crédits proposés par certaines banques à un taux de 7,9%, via leur partenaire cashgate, se situent sous ce maximum. Ils n’en restent pas moins élevés. En 2001, alors que les taux directeurs étaient bien plus hauts, le professeur Henner Schierenbeck avait, sur mandat de l’Association suisse des banquiers, évalué qu’une marge minimale pour le petit crédit à la consommation requérait un taux d’intérêt compris entre 5,6% et 9,7%, soit en moyenne 7,6% à 7,7%.
Les pourcentages actuels sont donc supérieurs, à l’exception de celui de la Banque Migros, pour sa formule exclusivement en ligne à 5,9% (au guichet, le taux est de 7,9%).
Peu loquaces
Globalement, les établissements bancaires contactés se sont montrés peu loquaces pour expliquer leur politique actuelle en matière de taux. Certains, qui collaborent désormais avec cashgate, nous ont renvoyé vers ce dernier, responsable des taux d’intérêt et des conditions d’octroi, qui a refusé tout commentaire. D’autres, comme UBS, n’ont pas souhaité s’exprimer. La Banque Cantonale du Jura propose des conditions plus attractives que ses concurrents (à l’exception de la Banque Migros en ligne) pour les petits crédits à la consommation. Elle précise fonder sa politique sur trois éléments: «La situation des taux sur le marché des capitaux, qui est clairement faible et orientée à la baisse, une organisation et des processus de traitement des demandes de crédits à la consommation qui se veulent efficaces et rapides ainsi qu’une gestion du risque de crédit avec des analyses strictes de la solvabilité du débiteur».
Le bilan des chiffres
Face au silence de certains, il reste néanmoins les chiffres, éloquents. En 2014, le bénéfice net d’Aduno, a augmenté de 14,6% pour atteindre 74 millions de francs. Le groupe avait même noté dans son communiqué, que «le crédit a particulièrement bien évolué au cours de la période». Et, dans son rapport pour le premier semestre 2015, il révèle que son profit est supérieur à celui de 2014 pour la même période!
Sur le premier semestre, UBS a, quant à elle, affiché un bénéfice net de 3,19 milliards, en hausse de près de trois quarts (+73%) par rapport aux six premiers mois de 2014.
Sébastien Sautebin
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