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Faux avocats sur le web

Un cabinet zurichois d’avocats fantômes, mais bien présent sur le web, fait croire à un héritage mystérieux pour appâter le badaud. Nos lecteurs ont déjoué le piège.

L’arnaque à l’héritage est classique, mais elle ne cesse de se perfectionner! Mariella Freiholz, du Sentier (VD), reçoit ainsi, en mars dernier, un téléphone soi-disant d’une compagnie d’assurances appelée Vita. L’interlocutrice l’informe avoir transmis au cabinet d’avocats Francis Muller, à Zurich, une importante assurance vie faite au nom de sa mère, décédée un an plus tôt. Notre lectrice ne doit donc pas s’étonner d’être prochainement contactée par ledit cabinet.

Aussitôt dit, aussitôt fait: le lendemain, le boss lui-même, Francis Muller, l’appelle et explique, dans un français parfait et avec un accent plus parisien qu’alémanique, qu’une personne proche de sa mère a constitué et alimenté une police d’assurance durant 40 ans. Montant en jeu: 326 000 €, rien que ça! Fin du premier acte.
Son mari, Michel Freiholz, fait alors une recherche et trouve très rapidement le site de l’avocat (cabinet-francismuller.com), complet et plutôt bien fait, avec adresse postale et numéro de téléphone. Et, surtout, une page de références impressionnantes: SwissLife, Bâloise Assurance, Generali, Axa, etc. (lire encadré).

Deuxième acte

Le deuxième appel ne tarde pas. Francis Muller encore confirme la bonne nouvelle et demande qu’on lui transmette un certificat d’héritier. Il précise aussi qu’il y aura quelques taxes à régler pour débloquer l’argent du Liechten­stein, ainsi qu’un solde de cotisations à couvrir, la détentrice de l’assurance étant décédée avant le terme du contrat.

Le couple commence à sentir le roussi, mais décide de pousser le bouchon un peu plus loin et fait parvenir le document par courriel, puisque rien ne doit se faire par voie postale.

Le lendemain, il reçoit une réponse électronique avec deux documents, sur papier à entête du cabinet, à signer: l’un demande l’ouverture d’un «compte séquestre» sur lequel devront être versées les taxes permettant de débloquer l’argent, l’autre exige une absolue confidentialité. L’affaire tourne définitivement au vinaigre…

Michel Freiholz poursuit son enquête et constate que les avocats ne sont pas inscrits dans les documents usuels. Il montre encore les documents reçus à un notaire, lequel remarque que les termes employés ne correspondent pas au droit suisse, ce qui confirme définitivement ses doutes.

Mais ne voyant rien venir par retour de courrier électronique, les escrocs ne lâchent pas prise. M. Muller rappelle donc le couple et tombe sur le mari qui l’informe avoir mené quelques investigations et compris qu’on cherchait à tromper son épouse: la communication est alors immédiatement bouclée.

Détails révélateurs

Contrairement à notre lecteur, nous avons reçu la réponse d’une standardiste à notre appel téléphonique. Mais nous attendons toujours qu’un responsable nous rappelle! Outre le fait que jamais des avocats n’agiront de la sorte en pareille circonstance, des détails permettent rapidement de conclure à l’arnaque. Par exemple, qu’un cabinet disposant d’une adresse internet utilise une messagerie collective pour son courrier électronique. Ou que des avocats zurichois ne disposent que d’un site en français, la version allemande étant soi-disant en construction…

Toutefois, l’escroquerie semble récente, car il n’existe, pour l’instant, aucun forum dénonçant celle de Francis Muller. En revanche – astuce à retenir dans ce genre de situation – en copiant quelques phrases sur le site et en les soumettant, entre guillemets, à un moteur de recherche, on s’aperçoit qu’on peut lire exactement les mêmes sur les sites des cabinets français Paul de Bruyère, Jean-Baptiste Fournier ou encore Georges Boyer, tous construits sur le même modèle...

Christian Chevrolet