
Trop de marges sur les médicaments
Etude à l'appui, santésuisse affirme que les marges commerciales sur les médicaments sont trop élevées en Suisse. Il serait possible d'économiser 455 millions de francs, au bénéfice des assurés.
Santésuisse, l'association faîtière des assureurs-maladies suisses, s'attaque aux marges commerciales réalisées sur les médicaments vendus sur ordonnance. La marge représente la différence entre le prix au sortir de la fabrique et celui de vente, sans la TVA. Selon l'association, l’an dernier l'assurance maladie obligatoire a pris en charge des médicaments délivrés sur ordonnance pour un total de 5 milliards de francs. Sur ce total, 3,7 milliards sont revenus aux fabricants. De leur côté, les intermédiaires, grossistes, pharmaciens, médecins dispensants et hôpitaux ont touché 1,3 milliard «à titre de marge commerciale sur ces produits». Beaucoup trop, selon l'association faîtière si l'on compare cette dernière à celles de six pays européens (Danemark, Allemagne, Pays-Bas, France, Royaume-Uni et Autriche) en tenant compte des différents niveaux de salaires, loyers, etc.
La comparaison a été faite dans chacun des six pays sur la base du panier des médicaments vendus sur ordonnances disponibles en Suisse et en tenant compte du coût de la vie. Conclusion: la marge est beaucoup plus élevée en Suisse. Santésuisse estime qu'elle doit être ramenée à la moyenne européenne. Avec une «marge commerciale correcte», il serait possible d'économiser:
- Pharmacies: 182 millions de francs. Au ce niveau, par exemple, la marge moyenne en Europe sur le prix de fabrique est de 28%, contre 37% en Suisse…
- Propharmacie (remise de médicaments par le médecin traitant): 257 millions de francs;
- Hôpitaux ambulatoires: 16 millions de francs.
Comment faire? Selon santésuisse, «il appartient à l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) de modifier la réglementation des marges (…). Cela permettrait d'économiser 455 millions de francs, soit 57 fr. chaque année pour chaque assuré en Suisse.»
L'OFSP rétorque avoir commandé une étude qui déterminera les coûts réels des marges commerciales des différents canaux de ventes (pharmacies, médecins dispensant, hôpitaux). Les résultats de cette étude montreront si les marges sont justifiées. Ils devraient être disponibles à partir de l'an prochain.
De plus, l'OFSP souligne que diverses mesures pour réduire les coûts des médicaments sont déjà en application, notamment dans le cadre de la stratégie globale «Santé2020» du Conseil fédéral. Cette dernière renforce notamment la promotion des génériques, influençant ainsi les marges. En outre, «les réexamens des conditions d'enregistrement des médicaments tous les trois ans conduisent à des baisses des prix des médicaments et donc aussi des marges».
Contactée par l'ats, la Société suisse des pharmaciens (pharmaSuisse) estime que les économies avancées de 180 millions conduiraient à la suppression de 3000 postes d'assistants en pharmacie. Selon elle, les marges existantes couvrent essentiellement les coûts de logistique et d'infrastructure, qui sont plus élevés en Suisse que dans les pays de comparaison.
Sébastien Sautebin


