
Comparateur de primes: les dessous d’un scandale
Comment des hauts fonctionnaires de la Confédération se sont mis à plat ventre devant un acteur privé qui tire profit de données publiques et sociales.
L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a capitulé face aux pressions de Comparis, le comparateur privé d’assurance maladie. Après des mois de palabres, début juin, un accord a été signé dans lequel nos autorités s’écrasent face aux exigences du courtier en ligne. Ce dernier peut donc désormais continuer à exploiter les données publiques, publiées par la Confédération, à des fins commerciales et gagner des dizaines de millions de francs sur le dos des assurés! Rappel des faits.
Pour comparer les primes de l’assurance maladie de base et éventuellement changer de caisse maladie, les assurés n’avaient, jusqu’en 2009, le choix qu’entre une liste alphabétique des assureurs mise à disposition par l’OFSP sur son site internet et les comparateurs en ligne privés, dont Comparis. Or, ce dernier, loin d’être philanthrope, encaisse pour chacune des demandes d’offre qui transite par son site une commission des caisses maladie avec lesquelles il a passé un contrat. De plus, l’affichage des résultats n’est pas nécessairement établi à l’avantage des assurés. En effet, dans la «vue standard» qui s’affiche par défaut, les assurés n’ont pas accès à l’ensemble des offres possibles puisque le comparateur privilégie non seulement les caisses partenaires, mais aussi – moyennant le versement d’une commission supplémentaire – les modèles, voire les classes d’âges, que celles-ci souhaitent cibler selon les régions!
Grand projet commun
Afin d’offrir un véritable outil de comparaison 100% indépendant, gratuit pour les assurés et les assureurs, Bon à Savoir et ses partenaires alémaniques ont donc décidé, en 2010, de réunir autour d’un grand projet la plupart des organisations et des médias de consommateurs suisses (A Bon Entendeur (RTS 1), On en Parle (RTS-La Première), la Fédération romande des consommateurs (FRC) et les magazines Bon à Savoir et Tout Compte Fait en Suisse romande). Autant d’acteurs déçus de l’immobilisme de l’OFSP, indifférent face à l’exploitation commerciale des données publiques et de surcroît d’une assurance sociale.
Réaction fédérale
Peu après le lancement de ce comparateur neutre, la Confédération réagit enfin: Didier Burkhalter, alors à la tête du Département fédéral de l’intérieur, somme ses équipes de plancher sur un comparateur officiel. Aussitôt dit, aussitôt fait: l’automne suivant le site priminfo.ch est ouvert. D’entente avec nos partenaires, nous décidons alors de fermer notre outil afin de renvoyer tous les assurés sur le site que la Confédération enfin créé.
Plainte immédiate
Mais craignant de perdre sa vache à lait, Comparis riposte en menaçant l'OFSP de déposer une plainte pour concurrence déloyale. Et à la stupéfaction générale, la Confédération jette l’éponge sans aucune résistance. Les plus hauts cadres de l’Office fédéral, tous de proches collaborateurs du Conseiller fédéral socialiste Alain Berset, qui a hérité du dossier, signent, en juin dernier, un accord – censé rester secret – dans lequel ils cèdent sur tous les points aux demandes de Comparis, si ce dernier ne dépose pas sa plainte.
Lâcheté fédérale
Dans ce texte, dévoilé par l’émission On en Parle (RTS – La Première) au début de l’été, l’OFSP admet, entre autres, «l’utilité des services de comparaison privés sur internet». Il reconnaît aussi qu’il ne lui appartient pas «d’offrir un soutien technique ou de conseiller les assurés dans leur démarche de changement d’assureur»! Et va même jusqu’à s’engager de ne plus «mentionner que priminfo.ch est gratuit pour les assureurs et les assurés», ni de communiquer que, d’après ses estimations, les comparateurs privés coûtent, chaque année, quelque 100 millions de francs au caisses maladie.
Face à ce qu’il faut bien considérer comme un acte de lâcheté, la politique doit reprendre ses droits. Nous espérons sincèrement que la situation sera discutée au Parlement lors de la session d’automne. Et, en attendant un éventuel retournement de la situation, nous invitons les assurés à boycotter cet automne les sites commerciaux au profit du seul comparateur officiel, www.priminfo.ch. Il est certes un peu moins pratique, mais tout aussi complet, puisque il sert de base à tous les courtiers en ligne. Et surtout, il est totalement transparent et entièrement gratuit (nous, nous avons le droit de la dire!) pour les caisses maladie, donc, indirectement, pour les assurés. Car, faut-il le préciser? – les dizaines de millions de francs encaissés par les comparateurs commerciaux sont forcément répercutés sur les primes payées par les assurés l’année d’après...
Zeynep Ersan Berdoz


