
Legisdigit@, l’assurance de trop
Le Groupe Mutuel propose une couverture contre les risques numériques. Même si la menace est réelle, une telle protection n’est pas nécessaire.
A l’ère du numérique, les dangers nous guettent tous de près ou de loin: au moment de faire nos paiements et nos achats sur internet, de répondre aux e-mails, de modifier nos profils sur les réseaux sociaux… Le Groupe Mutuel l’a bien compris. Il n’a donc pas tardé à lancer Legisdigit@, «une nouvelle protection au niveau mondial contre les risques numériques comme le piratage, le skimming et l’hameçonnage». L’offre consiste à connaître et à faire valoir ses droits lors d’escroqueries sur le web (litiges à la suite de l’achat d’un produit ou d’un service, usurpation d’identité, etc.) ou en cas d’utilisation frauduleuse de la carte bancaire.
Couverture superflue
A première vue, une telle assurance peut paraître pertinente. Mais, en y regardant de plus près, elle se révèle superflue.
Legisdigit@ sert, notamment, à couvrir les frais d’un avocat qui tentera de convaincre le tribunal de la bonne foi du client, par exemple lorsqu’il prétend qu’un produit commandé et payé n’a jamais été livré ou lors d’une usurpation d’identité. Or, dans le cas où l’on subit une escroquerie sur la toile, intenter un procès est souvent vain, «les auteurs étant rarement identifiés», commente Cédric Zermatten, spécialiste des assurances à VZ Suisse romande. De plus, «quand on est victime de skimming, les banques se montrent généralement plutôt clémentes», renchérit-il. Mais, pour le Groupe Mutuel, la réalité est tout autre. Selon son porte-parole, Jean-Michel Bonvin, les banques auraient plutôt tendance à faire porter la responsabilité aux clients.
L’assurance assume aussi les coûts de façon illimitée pour l’assistance téléphonique, les conseils de prévention et les frais de dossiers gérés à l’interne par des avocats et des juristes. Mais attention: dès qu’il s’agit d’assistance technique ou en cas d’action civile ou pénale, la prise en charge se limite à 10 000 fr. par année. Une somme bien maigre quand on sait que, avec de pareils litiges, la fourchette de prix s’étend plutôt entre 100 000 fr. et 300 000 fr. Mais, pour Jean-Michel Bonvin, «le montant de 10 000 fr. devrait permettre de résoudre la très grande majorité des cas».
En signant un tel contrat, on s’engage pour cinq ans. Certes, la prime est avantageuse (6 fr. par mois) et le risque accru, mais, au total, on déboursera quand même 360 fr. Par conséquent, «il est plus judicieux de conclure une protection juridique standard», affirme Cédric Zermatten*.
Et rien n’empêche d’adopter des gestes simples et quelques habitudes pour prévenir au mieux ce genre de menaces et ainsi éviter de tomber dans les pièges (lire encadré).
Marie Tschumi
*A lire: «L’art d’esquiver les mauvais risques», dix assurance juridiques sous la loupe, TCF 8/2012.


