
12 Tempranillos: Don Quichotte de supermarché
Le tempranillo est l’étendard des vins ibériques et pas seulement de la Rioja! Un tour d’Espagne via les rayons des grandes surfaces.
Une légende prétend que le délicat tempranillo serait le descendant du pinot noir, amené sur le chemin de Saint-Jacques de Compos-telle par des pèlerins bourguignons. Aujourd’hui, ce cépage rouge plutôt précoce, fin et équilibré, sans trop de couleur, ni de sucre, est qualifié d’autochtone. On le retrouve aux quatre coins de l’Espagne, souvent sous un nom local, «cencibel» dans la Mancha, le pays de Don Quichotte qui est aussi la plus vaste étendue viticole du monde à l’est de l’arrière-pays de Valence, ou «tinto (rouge) fino» à Madrid, «tinta del pais» dans la Ribera del Duero, «tinta de Toro», «tinta roriz» au Portugal et «ull de llebre» (œil de lièvre) en Catalogne.
Plus royaliste que le roi
Précisément, c’est un vin catalan qui s’impose dans notre dégustation, d’une maison prestigieuse, Torres. Une étiquette centenaire et plus royaliste que le roi: si elle affiche «tempranillo» – montrant par là que le nom du cépage est porteur! –, la contre-étiquette précise que ce «Coronas» est composé de 86% du cépage vedette, complété par 14% de cabernet sauvignon. Rien n’interdit un tel ajout dans d’autres vins, notamment d’indication géographique typique (IGT) que sont les «vinos de la Tierra», tandis que chaque «dénomination d’origine» (DO) espagnole a son propre cahier des charges, plus ou moins sévère. Mais 15% d’un cépage autre que le principal dans un vin tend à se généraliser: l’Union européenne a admis la réciprocité avec les Etats-Unis et le Nouveau-Monde; même la Suisse suit…
En Espagne, deux mouvements s’opposent: dans la Rioja, certains producteurs poussent leurs vins vers le tempranillo «en pureté» (lire encadré), à la manière des chiantis toscans 100% sangiovese, tandis que, dans le reste de l’Espagne, le cépage est volontiers assemblé à d’autres, plutôt locaux (grenache, mourvèdre) ou internationaux (cabernet sauvignon, syrah). Reste que notre dégustation a retenu des vins qui se réclamaient généralement sur la contre-étiquette «100% tempranillo», à l’exception du vainqueur. Le plus cher, qui était censé être le vin le plus intéressant – il avait remporté, avec le millésime 2003, un «Tempranillo de Oro» à Cologne en 2006 –, le «Portia» 2004, bien fatigué et exagérément boisé, s’est classé dans le peloton de cette «Vuelta», ce tour d’Espagne hors Rioja dominé par les IGT.
Trois éliminés sur défaut
La plupart des vins dégustés, compris entre 7 et 10 francs, sont certes bien faits, mais linéaires, avec des arômes flatteurs, une bonne acidité (parfois «aidée» par l’ajout d’acide tartrique à la vendange, procédé trop répandu), et plus maigres qu’élégants en bouche. Avec son étiquette ambiguë, le «Crin Roja», qui joue sur les mots rioja et «crianza» (vin vieilli en fût), s’en sort champion du rapport qualité-prix. Il est de l’excellent millésime 2005, à l’instar du «Riscal 1860», qui a perdu sur les routes de Castille et Leon le titre de «marquès» de son aîné de la Rioja. Mais il ne suffit pas de se réclamer du titre de marquis pour s’élever au rang de grand d’Espagne: la preuve par deux cuvées du même grand producteur, Gandia, mal classées.
Enfin, première dans ce genre de tests, on a renoncé à noter trois vins (un quart des partants!): deux étaient oxydés, «La Marca» et le «Suarenas», du médiocre millésime 2003, où la canicule n’a pas convenu à l’Espagne. Le dernier cité a sans doute souffert d’écarts de température au stockage: les bouchons des deux flacons achetés étaient colmatés par un épais dépôt… Quant au «Don Luciano» 2004 de la chaîne PAM, à 4.60 fr., il ne figure même pas à notre tableau. Garni d’un bouchon en aggloméré riquiqui, il était bouchonné à 100% et on l’a écarté au service, avant de le déguster!
Pierre Thomas
Pour télécharger le tableau comparatif des vins, se
référer à l'encadré.


