
12 bières: bières, l’amer à boire
Rien de plus difficile que de comparer des bières, dit-on. Notre jury a testé douze blondes de supermarché. Son verdict.
Au rayon des blondes, les allemandes sont toujours un peu là! A ceux qui pensent qu’une cannette en alu n’est pas l’emballage idéal, une des bières les meilleur marché de l’assortiment testé s’en est tirée haut la main, devant une binch’ de Brême. Pas allemande, mais suissesse anonyme, la Denner Spezial se classe troisième, et c’est la moins chère! Le grand distributeur, «fiancé» à Migros, en attendant la décision de la Commission de la concurrence, avait fait aussi bien avec sa Lager dans une dégustation menée par A bon entendeur l’an passé (texte archivé sur www.tsr.ch) et dont le jury d’amateurs de bière avait été très sévère.
Dans le public non plus, la bière n’a plus vraiment la cote… Certes, l’an passé, sa consommation en Suisse a légèrement augmenté (56,5 l par habitant, comme en 2002, contre 54,8 l en 2005 et 58,7 l en 2003, caniculaire) et les brasseurs comptent à nouveau sur un été chaud. Puis sur l’Eurofoot, l’an prochain, pour maintenir cette tendance: Carlsberg, qui a racheté Feldschlösschen en 2000, en est, du reste, un des principaux sponsors.
Trop amère…
Surtout, la bière n’est plus trendy à cause de l’amertume qui la marque. Faire déguster de la bière à un jury de sommeliers et de spécialistes en vins pouvait s’avérer délicat. Jean Solis balaie l’argument: «Je n’aime pas l’amertume dans le vin, mais je l’apprécie dans la bière.» Selon le «droit de pureté» (Reinheitsgebot) allemand de 1516, toujours en vigueur, la bière est un mélange fermenté d’eau, de malt d’orge et de houblon. Punkt schluss! Et c’est le houblon, par ses fleurs femelles, qui aromatise la bière et lui confère une amertume plus ou moins importante… Mais les brasseurs ont, ces dernières années, modifié considérablement ce «bon usage», s’autorisant des colorants, des agents conservateurs, des arômes et des méthodes d’élaboration rapide; les bières sont désormais filtrées et pasteurisées.
De tout cela, les étiquettes ne font guère mention. La législation suisse distingue certes des catégories de bières en fonction du taux d’alcool et de la densité du mélange de céréales qui leur ont servi de base. Mais, à l’exception de la Lager, et parfois de la Spéciale (quand elle est spécifiée!), bien malin est le consommateur qui peut y voir clair… C’est donc les prix et packaging qui font la différence, dans le monde standardisé de la blonde décharnée.
Des ingrédients surprenants
Il faut aussi une loupe pour apprendre que la Tuborg est brassée en Suisse, comme la Carlsberg. Celle-ci arrive en cinquième position, en tête du gros du peloton. La 1664 de Kronenbourg est mal notée, comme la Heinecken, brassée en Suisse. L’alsacienne a l’honnêteté de révéler ses ingrédients: eau, malt d’orge et de blé, sirop de glucose, colorant caramel et extrait de houblon. Même sirop de glucose, en plus du maïs non malté, dans l’exécrable Super Bock portugaise, plus alcoolisée et unanimement mal notée. Et la San Miguel catalane, «enrichie» au maïs, elle aussi, fait à peine mieux.
Dans toutes ces bières, c’est l’aspect doucereux, davantage que l’amertume, qui s’est signalé. Sauf pour la Boxer Premium, brassée à Romanel-sur-Lausanne, qui vient de sortir dans les grands supermarchés Coop en emballage en verre perdu et avec fermeture à ressort en plastique: son amertume, volontairement assumée au brassage, donne l’impression de «sécher» la bouche. Et le moins qu’on puisse exiger d’une bière, c’est qu’elle désaltère et, comme disent les Vaudois, qu’elle redemande.
Pierre Thomas
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Marché suisse: implosion et explosion
D’un côté, une domination du groupe Feldschlösschen et des marques Heineken (fabriquée à Coire chez Calanda) et Kronenbourg, mais un affaiblissement de la position des brasseries suisses (Feldschlösschen est autour de 45% de parts de marché) et une forte progression des importations (record historique de 18,5% de la consommation l’an passé). Le marché suisse de la bière est en pleine ébullition. Tandis que les rachats (Cardinal, Gurten, Hürlimann) se multipliaient, renforçant le groupe de Rheinfelden, on a vu en parallèle éclore des microbrasseries. Selon le site internet www.bov.ch qui les répertorie, elles seraient plus de 100 à être nées ces dix dernières années.
Mais ces brasseries n’élaborent pas ou peu de bières blondes. Toutefois, dégustée par nos jurés, à l’aveugle, la Calvinus des Frères Papinot à Genève, une blonde bio non filtrée, les a réconciliés avec un breuvage agréable et de belle personnalité. Elle était la treizième et dernière de la dégustation, aussi bien notée que la meilleure de ce test (15,5 points).

