Restez un consommateur averti et profitez de nos avantages abonnés
Pourquoi pas
Non merci
Panier
x
Le panier est vide

12 Barberas et Barolos: Le Piémont et ses extrêmes

L’un est simple, l’autre un grand classique. Tous deux du Piémont, la barbera et le nebbiolo se disputent les rayons des supermarchés.

Cette dégustation, nous l’avons partagée en deux (voir le tableau ci-contre). D’abord six Barberas, puis six Barolos. Ce sont les extrêmes du vignoble du Piémont. La barbera (au féminin, en italien comme en français) occupe les collines du Monferrato, et les environs des villes d’Alessandria et d’Asti. Plus à l’ouest, dans les Langhe, la région d’Alba, ce cépage est planté là où le nebbiolo ne convient pas. Pour simplifier, la Barbera est un vin de cépage, accessoirement de terroir, sanctionné par des DOC (dénomination d’origine contrôlée). Le Barolo, lui, est non seulement une DOC (depuis 1966), mais de surcroît une DOCG (dénomination d’origine contrôlée et garantie, depuis 1980), toujours issu de pur nebbiolo.

Deux Barberas reconnues
Les meilleures Barberas se vendent aux prix du bas de gamme des Barolos. Notre jury a dégusté ces vins à l’aveugle. Précision utile quand on sait que les deux Barberas arrivées en tête sont gratifiées de deux verres (sur trois) dans le guide Vini d’Italia 2007, du Gambero Rosso. Le premier, «La luna et i falô» (La lune et les feux), porte le titre du testament nostalgique du grand écrivain Cesare Pavese. Ce vin, tiré à 320 000 bouteilles, est aussi un ambitieux projet viti-vinicole qui mobilise une petite partie des 4000 hectares (davantage que le vignoble vaudois!) de la coopérative Terre da Vino. Celle-ci a mis les moyens, dès la vigne, pour faire un «superbarbera», à la fin des années 1990 (lire encadré). Dauphine, une cuvée d’un autre géant, Fontanafredda.

Derrière, les 2005 ne déméritent pas, tandis que le classique Fontanafredda n’émeut guère et que le seul 2001 s’est révélé décevant. Il faut dire que barbera et nebbiolo sont loin d’être des cépages faciles, tant à travailler, à la vigne qu’en cave, qu’à déguster...

Le nebbiolo, cépage difficile
Le nom de nebbiolo évoque le brouillard dans lequel les collines se drapent au printemps et en automne. Ce climat rend difficile la viticulture: au départ, mauvais développement et, à l’arrivée, conditions de vendanges aléatoires, selon la météo. Issus d’un cépage cité en 1303 déjà – «puro vino nebiolio» (sic) –, le Barolo partage avec son voisin le Barbaresco la réputation d’être un des plus grands vins d’Italie. Depuis près d’un siècle, on y a défini des crus, ou plutôt des «climats» comme en Bourgogne. Par sa difficulté, par sa couleur, pâle, et par son potentiel de garde, le nebbiolo rappelle, du reste, le pinot noir.

Trois bons Barolos
Le jury de TCF a bien aimé trois vins. Le premier, dans le style opulent du millésime de la canicule (2003), marque le retour d’une maison historique du Piémont, Bersano à Nizza Monferrato. Le deuxième, de Fontanafredda, qui appartint à l’épouse du roi Victor Emmanuel II de Savoie, avant de tomber dans le bas de laine d’une banque toscane, est étonnant de fraîcheur pour un 2000, certes inférieur, au Piémont et en Toscane, à 2001.

Quant au troisième, il remporte l’oscar du rapport qualité-prix (moins de 16 fr.). Plus simple, moins puissant que les deux premiers, il est aussi le plus typé nebbiolo, avec des tanins fondus, alors que, pour les plus grands Barolos, il faut avoir la patience d’attendre.

Les meilleurs peuvent s’épanouir sur quarante ans, et les prix ont explosé depuis les années 1985, 1988, 1989, 1990, 1996 et 1999. Aujourd’hui, les grands Barolos de ces millésimes d’anthologie valent plus de 70 francs le flacon.
Pierre Thomas

Pour télécharger le tableau comparatif des produits, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.