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12 syrahs: Les syrahs valaisannes s’imposent

Le match opposant des syrahs du Valais à celles des Côtes-du-Rhône septentrionales tourne nettement à l’avantage des helvètes.

Le verdict est limpide: les six bouteilles de syrah valaisanne sont toutes en tête et laissent loin derrière les Crozes-Hermitage et autres Saint-Joseph de supermarché. Mieux, si le prix moyen des flacons se situe à 17 fr., trois vins à moins de 15 fr. se placent dans le quatuor de tête. Seule exception – le vin le plus dispendieux de notre dégustation, le 2004 du haut de gamme de Provins, Maître de Chais. Ce vin a divisé les membres du jury, certains estimant qu’il avait «trop de bois». De fait, cette syrah, vinifiée par Madeleine Gay, l’œnologue vedette de la coopérative valaisanne, paie son élevage.

Troisième rouge valaisan
Les trois autres syrahs en tête ont leur personnalité. La première, signée de la Cave Saint-Georges, appartenant au géant vaudois Schenk, est agréable et équilibrée et ne trahit pas le cépage. La troisième, en retrait par rapport au duo de tête, vient de la Cave du Tunnel: un vin sans défaut ni qualité, mais qui peut plaire par sa fraîcheur de fruit. La quatrième, de la ligne Bibacchus de Bonvin et Varone (Les Celliers de Champsec à Sion), est une revenante: mal classée dans une précédente dégustation de Tout Compte Fait, elle fait mieux cette fois-ci.

Force est de constater que les syrahs valaisannes sont de styles très divers. Pourtant, selon la législation actuelle, seul un vin de première catégorie (donc d’appellation d’origine contrôlée, AOC) peut porter la mention «syrah». Le coupage n’est autorisé qu’à hauteur de 10%, avec un autre vin rouge AOC, valaisan uniquement. Et, pour porter son millésime, le vin doit contenir au moins 85% de l’année mentionnée.

En dix ans, la syrah, présente depuis 80 ans dans le Vieux-Pays (lire encadré), a fortement progressé, dépassant les 150 hectares en production. Ces trois dernières années (2004 à 2006), son rendement excède le million de litres de vin. Les 1,163 million de litres de 2006 placent la syrah au troisième rang des rouges, loin derrière le pinot noir et le gamay (21 millions de litres à eux deux, soit les cinq sixièmes des rouges valaisans). Sur ces trois ans, la richesse en sucre moyenne a progressé, passant de 91°6 degrés Oechslé à 96°6. On sait aussi que la syrah, notamment de jeunes vignes, est très productive…

Ce match entre ce qu’un vigneron valaisan facétieux a appelé «les Côtes-du-Rhône supérieures» (en qualité!) et les «Côtes-du-Rhône septentrionales» en amont et en aval de Tain-l’Hermitage, était aussi un duel à distance entre coopératives. Les deux entités jouent un rôle prépondérant dans leur région.

Un duel de coopératives
- En Valais, les cinq mille sociétaires livrent près du quart de la vendange valaisanne. Provins vend plus de la moitié de ses vins (deux tiers de rouge) aux grandes surfaces.
- A Tain, les 370 coopérateurs livrent la moitié du volume de cinq AOC des Côtes-du-Rhône septentrionales: outre Saint-Péray, dédié au blanc, les crus de Cornas (102 ha) et de l’Hermitage (135 ha). Seuls les deux plus importants en surface, Crozes-Hermitage (1300 ha) et Saint-Joseph (1006 ha), étaient représentés dans notre dégustation. En rouge, la syrah est le cépage unique de ces AOC. La Cave de Tain écoule le tiers de sa production à l’export. Aucune des cuvées «spéciales» de la coopérative, dont la directrice est une femme, Julie Compos, n’étaient présentes.

Les supermarchés suisses se contentent de vins d’entrée de gamme. A en juger d’après les millésimes en rayon, l’écoulement de ces vins, vendus aussi cher que les syrahs valaisannes, pose problème. On ne saurait donner tort au consommateur!
Pierre Thomas

Pour télécharger le tableau comparatif des produits, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.