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12 rouges de Bourgogne: Bourgognes: la débandade!

L’idée était séduisante: demander aux cavistes romands de nous fournir une bouteille de bourgogne. A l’arrivée, énormes déceptions.

Ce devait être la réponse du berger à la bergère, de l’œnophile distingué à la ménagère pressée: plutôt que de viser des flacons de supermarchés, demander aux cavistes romands une suggestion de vin, dans la perspective des fêtes de fin d’année. Ils avaient le choix de présenter, certes dans un créneau de prix étroit mais élevé (25 à 30 francs), des flacons qui sortent de l’ordinaire, quand on sait que 80% des vins achetés en supermarché le sont à 8 francs en moyenne.

Petits vins de petites AOC
La dégustation par notre jury de professionnels a montré bien peu de différences: il faudrait parler de tir groupé à la limite du satisfaisant. La faute, d’abord, au pinot noir dont les bourgognes sont obligatoirement issus, des millésimes et des appellations, ensuite. Car, si deux «premiers crus» apparaissent dans le classement (voir tableau), c’est dans des communes en marge, comme Mercurey ou Givry.

Le prix n’est d’aucun secours pour y voir clair dans une région très hétérogène (lire encadré). Pour Jean Solis, deux fois meilleur nez (et palais) de Suisse, mais nourri – car de cette région… – au bourgogne dès le biberon, et négociant en vins de haute lignée, «les petites AOC n’ont jamais été bonnes. Seuls les meilleurs domaines, pour une raison d’image, peuvent faire de belles choses dans ces AOC. Les petites années, les petits vignerons sont obligés de sauver et de soigner leurs grands crus.»

A ce (petit) jeu, ce sont les vins qui avaient le moins de défauts qui l’emportent d’une courte tête. Mais, en général, «on ne reconnaît pas le pinot noir», relève Nathalie Borne. «Où est le rapport prix-plaisir?» s’interroge-t-elle. Et Nicolas Bourassin de renchérir: «Ces vins sont sans âme.» Et Benoît Foucault, nouveau sommelier de Guignard-Desserts, à Orbe, d’ajouter: «Les tanins font peur et l’alcool aussi…»

Une nature ingrate
Il faut dire que les quatre millésimes sur le marché, en attendant le 2005 annoncé excellent, ont ajouté à la confusion. 2004 s’avère très disparate, avec des tanins rarement mûrs; un millésime moyen qui succède à 2003, atypique, où la canicule a mis à mal, plus encore qu’ailleurs, le délicat pinot noir adapté aux régions septentrionales. 2002, de son côté, a révélé des vins «très droits, très stricts, aux tanins marqués», comme le résume Jean Solis. Des vins un peu meilleurs que les 2001, où la masse tannique n’est pas soutenue par un volume suffisant avec, à la clé, une note d’amertume. Allez, après cela, suivre un vigneron chaque année, ce que font fidèlement les cavistes, parce que, même quand il est moyen, le vin, eh bien, il faut le boire…

On comprend mieux pourquoi la Bourgogne a perdu des parts de marché importantes en Suisse. Les vignerons bourguignons se plaignent de ne plus voir les automobilistes de ce côté-ci du Jura charger aux portes de leur cave de pleins coffres de bouteilles. La crise commerciale se double d’une crise de confiance. Avec une excuse, toutefois: sans la possibilité de rattraper un vin par un assemblage avec un cépage plus flatteur (le merlot à Bordeaux ou la syrah dans les côtes-du-rhône génériques), la marge de manœuvre des vignerons, livrés aux caprices de Dame Nature, est faible. L’œnologie moderne n’y peut pas grand-chose, sinon en aggravant le résultat avec de l’acide tartrique, facilement décelable sur le pinot noir, ou des boisés agressifs, qui maquillent une matière première déficiente et ajoutent de la sécheresse aux tanins.
Pierre Thomas

Pour télécharger le tableau comparatif des vins, se référer à l'encadré.