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12 vins de Sardaigne et de Sicile: Des rouges insulaires et solaires

Les deux îles méditerranéennes et italiennes, Sicile et Sardaigne, sont en plein renouveau viticole. Les vins de coopératives et de négociants arrivent jusque dans les supermarchés, les meilleurs à moins de 10 fr.

Manifestement, les grands distributeurs cherchent la diversité. Et le sud de l’Europe est à la mode… Pour garder un minimum de cohérence dans cette dégustation, on s’est concentré sur les cépages traditionnels des deux îles. Pour la Sicile, la plus grande île de la Méditerranée, 140 000 hectares pour une production de 10 millions d’hl de vin: le Nero d’Avola. Et, pour la Sardaigne, 44 000 hectares pour 1,2 million d’hl: le cannonau.

Le premier n’est qu’une indication géographique typique (IGT), alors que le second fait partie des dénominations d’origine contrôlée (DOC, 5% de la production sarde, principalement en blanc). Les deux cépages répondent à des critères organoleptiques proches: des goûts qui évoluent sur le tabac et le cuir, des tanins peu anguleux, qui peuvent être secs. La vinification fait le reste: les vins de supermarchés sortent des cuves des coopératives, poids lourds sur les deux îles.

Les bons à moins de 10 fr.
Premier constat, réjouissant pour le consommateur: pas besoin de mettre plus de 10 fr. pour obtenir le meilleur de ces vins aptes à accompagner les grillades d’été et les pâtes à la bonne franquette. Les quatre vins siciliens jugés les meilleurs vont de 7,90 fr. à 9,90 fr. Mention particulière pour le rouge de l’Etna. La couronne de vignoble qui pousse au pied du haut volcan (sommet à 3323 m d’altitude) est classée en DOC, avec des cépages locaux, une majorité de nerello mascalese, complété par du capuccio et du mentellato.

Preuve que la Sicile, où la vigne fut cultivée par les Phéniciens, puis les Grecs, avant les Romains, peut jouer une carte originale de cépages autochtones, sur un sol volcanique.
Le cas du cannonau sarde est différent. Le premier classé coûte 15 fr. Il est le seul «Riserva» de la dégustation, conçu pour être bu sans tarder par un producteur important, Sella & Mosca, et acheté chez un caviste et non dans un supermarché… Mais le suivant est aussi à moins de 10 fr. (le juvénile «Le Bombarde» 2005).

Au contraire de la Sicile, où les Espagnols arrachèrent de la vigne pour y mettre du blé, la Sardaigne viticole a bénéficié de l’occupation, notamment par les Catalans. Ils plantèrent, à partir de la fin du 15e siècle, le cannonau, qui n’est autre que le grenache connu sur la terre ferme méditerranéenne, et appelé également alicante en Italie, le carignano (carignan, bien sûr) et le vermentino blanc (rolle en France). Ces anciennes variétés sont toujours cultivées. Car la Sardaigne, à l’opposé de la Sicile, s’est peu convertie aux cépages internationaux.

Meilleur, c’est plus cher!
En queue de classement figurent trois vins, loins de la moyenne. Un Nero d’Avola, vieux cépage connu déjà cinq siècles avant Jésus-Christ, vinifié… à l’ancienne et un cannonau, au goût oxydatif. Entre les deux, un «Ramione», vin sicilien bien noté en Italie. Le plus cher de la série était aussi le seul entaché d’un défaut, peut-être imputable au bouchon… Pour le reste, les vins se tenaient dans une honnête moyenne. Aucune des vedettes des deux îles (lire encadré) n’y figuraient: on ne les trouve pas aux prix des supermarchés!

Pierre Thomas

Pour télécharger le tableau comparatif des vins, se référer à l'encadré.