
Choisir son assurance vie mixte
On peut certes, dans une même police, s’assurer contre les risques de décès et d’invalidité et constituer une épargne, mais les rendements garantis sont extrêmement faibles.
L’assurance vie porte mal son nom. Dans la plupart des cas en effet, elle n’assure pas que le risque du décès mais aussi celui de l’invalidité et souvent encore celui de la vieillesse (épargne pour la retraite).
Quand ces trois risques sont couverts, on parle alors d’assurance mixte. Une catégorie qui est elle-même divisée en deux grandes familles:
- l’assurance vie «classique», avec capital garanti à l’échéance;
- l’assurance vie liée à des fonds de placement.
Dans les deux cas, le principe est le même: contre une prime unique (versement de 60 000 fr. d’un coup, par exemple) ou périodique (6000 fr. par an durant dix ans ou 1500 fr. par trimestre ou 500 fr. par mois), le bénéficiaire touchera un capital garanti à l’avance en cas de décès de l’assuré. Plus d’éventuels «excédents», c’est-à-dire une partie du rendement qu’aura rapporté son placement.
Formule «classique»
A partir de là, les choses se compliquent et divergent: avec l’assurance vie «classique», le capital est également garanti en cas de vie, c’est-à-dire si l’assuré est vivant à la fin du contrat. Mais pas, ou rarement, avec la formule liée à des fonds de placement: tout va dépendre de l’évolution de la Bourse…
Prenons un exemple concret. Michel, 35 ans, paie une prime annuelle de 6000 fr. pour une police d’assurance «classique», qui met ainsi sa famille à l’abri du besoin s’il venait à décéder. Durée du contrat: vingt ans.
Si, par malheur, il décède durant ce laps de temps, ses bénéficiaires (sa femme, ses enfants, entre autres) toucheront de façon certaine (capital garanti), et quelle que soit la date de la mort, une somme variant entre 117 926 fr. et 125 241 fr. selon les compagnies (voir 1re col. du tableau ci-contre). Si la compagnie d’assurances tient ses prévisions, cette somme sera encore augmentée de la part des excédents accumulés entre la date du début du contrat et celle de la mort.
La couverture en cas de décès est donc relativement intéressante, surtout en cas de mort prématurée. Elle l’est en revanche nettement moins si – ce qu’on lui souhaite – Michel est toujours vivant à la fin du contrat. Dans un tel cas en effet, le rendement de son épargne vieillesse aura été, au mieux, de 2.01%.
Et encore: il ne s’agit là que d’une projection mathématique faite par la compagnie d’assurances, l’importance des excédents dépendant, d’une part, de l’évolution des affaires de l’entreprise, d’autre part, de la qualité de la gestion des montants confiés. Si l’on s’en tient au capital garanti (sans les excédents), le rendement sera, au mieux, de 0.53%, et peut même devenir négatif. En d’autres termes, il est possible de ne même pas retrouver l’argent investi à l’échéance!
Pourquoi? Parce que le taux d’intérêt garanti (2.5% pour les nouveaux contrats) ne sert que le montant réservé à l’épargne. En effet, la prime versée par l’assuré va constituer l’épargne, mais aussi couvrir le risque décès et invalidité (libération des primes) et enfin payer les frais divers (gestion et administration). Une répartition que les assureurs n’aiment guère dévoiler, mais qui a pourtant toute son importance, surtout en cas de rachat (lire la rubrique en page 24).
Avec fonds de placement
Si Michel opte pour une assurance liée à des fonds de placement, il va prendre plus de risques et sera donc mieux rémunéré en cas de vie (entre 2.76% et 3.74%), en théorie du moins. Car, contrairement à l’assurance vie «classique» et à quelques exceptions près (voir notices du tableau), aucun capital n’est garanti en cas de vie. Certes, la longueur du contrat (vingt ans) limite considérablement le risque de ne pas retrouver au moins l’argent investi, mais on peut imaginer que la Bourse s’effondre peu avant la fin du contrat. Et, en cas de décès, le capital garanti pour les bénéficiaires est également moins important qu’avec une assurance vie «classique».
Reste le traitement fiscal. Il parle en faveur des assurances mixtes lorsqu’il s’agit d’un 3e pilier A, puisque les primes versées sont entièrement déductibles du revenu imposable, pour autant que les bénéficiaires soient le conjoint et/ou les enfants et que, au moment du retrait, le capital soit imposé à un taux préférentiel. La police de Michel, toutefois, a été conclue sous le régime du 3e pilier B, dont l’imposition varie selon les cantons.
Préférer la flexibilité
A l’heure de faire un choix, il faut prendre conscience qu’une telle assurance est un engagement à long terme (souvent entre dix et vingt ans), où certains événements (divorce, perte d’emploi, baisse de salaire, etc.) peuvent venir contrarier n’importe quel plan de vie. Pour ne pas se laisser piéger, la «police flexible» est une bonne solution: le preneur choisit librement le montant de la part capitalisée (épargne), et seule la prime de risque couvrant le décès ou l’invalidité est fixée impérativement. Mais toutes les compagnies ne la proposent pas.
Enfin, tout se paie, y compris la mauvaise santé… Le questionnaire médical que toutes les compagnies vont exiger (et même un examen si le montant de la police est élevé) avant de conclure le contrat va donc influencer le montant de la prime, voire engendrer un refus d’assurer.
Roland Bron,
directeur romand VZ VermögensZentrum
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La mauvaise solution du rachat
Il est possible de racheter une police d’assurance vie mixte. Cela revient à résilier le contrat pour récupérer sa valeur de rachat, c’est-à-dire le montant correspondant à la somme des primes déjà versées, augmenté du taux de rendement garanti (actuellement 2.5%) et de l’éventuelle participation aux excédents sur la part d’épargne.
Mais la compagnie va évidemment déduire ses frais généraux, entre autres et surtout ceux d’acquisition. Comme ces frais sont prélevés dans les deux ou trois premières années du contrat, il est donc très déconseillé de procéder à un rachat prématuré.
L’alternative consiste à demander un emprunt sur la valeur de rachat, généralement accordé à un taux nettement inférieur à ceux pratiqués pour un petit crédit.

