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12 blancs espagnols: Blancs divers: olé!

Qui l’eût cru? Dans les supermarchés, les blancs espagnols font des ravages. Les Suisses essaient de régater, en vain, en dehors de leur chasselas, chasse gardée.

Il y a vingt ans, personne n’eût parié une peseta sur les vins blancs espagnols. Le plus vaste pays viticole du monde (1,2 million d’hectares) s’est diversifié. Rouges modernes et blancs itou. Et, par rapport à 2002, l’importation de vins blancs espagnols en Suisse a doublé, passant de 1,5 à près de 3 millions de litres (dont les 2/5 en bouteilles).

Des vins aromatiques
Les deux vins classés en tête de notre test sont des fers de lance d’entreprises modernes. Venu de la Rioja, Marquès de Riscal a planté près de 200 hectares de cépages blancs dans une région connue pour ses blancs, la Rueda, dénomination d’origine depuis 25 ans, près de Valladolid (nord). On y trouve la variété autochtone, le verdejo, complétée par un peu de viura.

Même volonté de diversification en Catalogne, avec le «Vina Esmeralda», résolument aromatique. La grande maison Torres a planté des muscats, d’Alexandrie et à petits grains, et du gewurztraminer (15% dans ce vin) sur les collines de l’arrière-pays de Barcelone, entre 750 et 850 m d’altitude. De toute sa gamme, ce blanc est le plus aromatique et, dans la dégustation, il «paie» sa générosité, plus adaptée à des mets iodés ou à la cuisine asiatique qu’à la cuisine française.

Des mariages arrangés
Question de goûts, bien sûr… Mais cette dégustation concernait des vins «surprise», à l’exclusion du chasselas si helvétique, toujours bien représenté (lire l’encadré), et les chardonnays et autres sauvignons «mondialisés». Outre des vins «exotiques» (le viognier sicilien ou le moschofilero grec), nous avons sélectionné plusieurs assemblages: mais plus qu’en rouge, ces mariages paraissent souvent arrangés pour des raisons commerciales.

Dans le millésime 2004, de grosse production, les Suisses ont mis en supermarché plusieurs assemblages «nouveau style». Aucun n’a franchement convaincu. Les mieux placés sont des vins genevois, «La Feuille d’Or», fruit de riesling X sylvaner et de pinot blanc, mieux noté que «La Cuvée Blanche», de culture bio, qui marie les mêmes cépages à une base de chasselas. En queue de dégustation, les cuvées valaisannes et tessinoises se livrent à un chassé-croisé: le «Haut de Cry» ne révèle pas sa formule, tandis que le pinot blanc et chardonnay de la Cave du Tunnel souffrait d’un problème technique.

Plus étonnante encore, la présence de deux vins tessinois, le «San Giorgio» mélange de chasselas, riesling X sylvaner, pinot gris et chardonnay (rien que ça!) et «Il Mattirolo», de sauvignon, sémillon et chardonnay. Quand on sait qu’à peine 10% des 1000 hectares tessinois sont plantés en cépages blancs, on se demande comment ces vins peuvent finir en supermarché… Et on aura cherché en vain des assemblages vaudois du même acabit. Si la Banque Cantonale Vaudoise, dans un récent rapport sur la viticulture vaudoise, flétrit la monoculture du chasselas (2470 ha, soit deux tiers du vignoble), pour le consommateur suisse, ce blanc sec traditionnel n’a pas dit son dernier mot. Il offre moins de «surprise» mais moins de désillusion aussi!
Pierre Thomas

Pour télécharger le tableau comparatif des vins, se référer à l'encadré.