
Construction et écologie: évaluer les matériaux
Construire écologique est un apostolat, car le marché nous pousse à utiliser des matériaux dont le bilan n’est pas bon.
Lorsqu’on construit ou rénove une maison, le choix des matériaux repose souvent sur des critères économiques ou esthétiques. Pourtant, la prise en compte de critères écologiques se justifie pleinement, non seulement pour limiter l’impact sur l’environnement, mais aussi pour préserver la santé de ceux qui vivront dans la maison. En effet, de nombreux matériaux «bien pratiques» diffusent des poisons pendant une longue période, comme par exemple les panneaux de particules ou certaines laques et peintures.
L’aluminium: zéro pointé
L’énergie est un critère fondamental et, pourtant, elle compte pour peu dans le coût final des matériaux de construction. Par exemple, fabriquer un cadre de fenêtre en aluminium consomme 100 fois plus d’énergie que fabriquer le même cadre en bois! Pourtant, le prix sera à peine deux fois plus élevé.
La pierre naturelle, la terre brute, le bois massif ou encore le béton et les briques «consomment» peu d’énergie. A l’inverse, des matériaux comme le verre, les métaux et les matières synthétiques (polypropylène, PVC...) sont de véritables gouffres. Parmi les plus gourmands, on trouve le polystyrène et surtout l’aluminium, champion toutes catégories en raison de l’électricité consommée pour son extraction et son façonnage (72 500 kWh la tonne, contre 300 pour le bois local ou le béton).
Les problèmes du bois
Autre exemple: le bois indigène est un matériau qui répond souvent aux exigences écologiques, mais pas toujours. Parfois, il est en effet traité avec des agents biocides contre les champignons, les insectes et les bactéries. Or, ces produits sont toxiques. Donc ce bois ne devrait pas être mis en œuvre à l’intérieur.
Même problème avec les panneaux de particules, dont il existe d’innombrables sortes. Ils sont élaborés à partir de copeaux de bois, auxquels on ajoute parfois du plâtre. Ils sont très pratiques, faciles à travailler, mais doivent être choisis soigneusement en fonction de leur composition et surtout des colles utilisées.
En particulier, il faut refuser les panneaux liés avec des résines contenant du formaldéhyde. En effet, cette substance, peu coûteuse et utilisée dans de multiples applications, peut se diffuser pendant plusieurs années dans l’habitation et causer des problèmes de santé, notamment respiratoires.
Ramer à contre-courant
Or, le problème de celui qui construit ou rénove, c’est de trouver des matériaux écologiques sur un marché saturé de produits transformés et de provenance lointaine. On trouvera par exemple facilement des bois exotiques traités, au bilan écologique désastreux, mais on aura beaucoup de mal à trouver des fibres végétales indigènes (chanvre, lin, cellulose, feutre de bois...) ou animales (laine de mouton, plumes de canard), qui sont pourtant d’excellents isolants de toiture et de murs. De même, où trouver de la terre crue et les artisans capables de la mettre en œuvre pour construire une maison?
Construire une maison écologique, on l’aura compris, est une sorte d’apostolat, qui oblige à ramer à contre-courant des facilités offertes par le marché. Avant de choisir ses matériaux, il convient donc de se poser plusieurs questions fondamentales.
- Provenance et qualité – Ce matériau est-il issu de matières premières minérales ou végétales, indigènes et renouvelables?
- Energie – Quelle quantité d’énergie a-t-il fallu pour produire ce matériau, et pour l’amener jusqu’à mon chantier?
- Transformation – Ce matériau est-il naturel, ou modérément transformé ou, au contraire, synthétique?
- Toxicité – Ce matériau contient-il et diffuse-t-il des produits dangereux?
- Recyclage – Ce matériau pourra-t-il être réutilisé ou déposé en décharge inerte ou devra-t-il être transformé avant son élimination?
Puis, en se référant à l’échelle écologique des matériaux (voir tableau ci-dessus), de prendre sa décision en son âme et conscience.
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A lire
- L’habitat écologique,
de Friedrich Kur,
Ed. Terre vivante.
- L’écologie dans le bâtiment,
de Jutta Schwarz,
Ed. Haupt (avec références
des matériaux disponibles
en Suisse).
- La Maison écologique. Bimestriel
www.la-maison-ecologique.com

