
12 Merlot: Lunga vita al merlot!
Ceux qui l’ont implanté, il y a tout juste cent ans, avaient du flair, de la «vista»: le merlot du Tessin se profile depuis vingt ans comme le vin rouge suisse le plus prometteur.
Merlot centenaire! Cette année sera jalonnée d’événements autour du cépage qui occupe 82% des 1040 hectares du vignoble tessinois. Le merlot s’est révélé avec le temps… Importé de Bordeaux au début du 20e siècle, après que le phylloxéra eut ravagé le vignoble, par des ingénieurs agronomes qui le confrontèrent avec des cépages locaux (bondola) ou italiens (bonarda lombarde, barbera et nebbiolo piémontais), il s’est bien adapté au climat méditerranéen du sud des Alpes.
Un raisin caméléon
Avec les progrès de la vinification, le merlot s’est révélé caméléon. On peut le vinifier en blanc, en rosé, en mousseux et en diverses qualités de rouge. Les «grandi vini», qui se poussent du col (lire encadré), bénéficient de l’élevage en barrique et souvent d’un peu de cabernet. Inutile de dire qu’on ne les trouve pas en supermarchés, sauf dans le rayon «raretés». Coop, parrain officiel du «centenaire du merlot», a promis de commercialiser plusieurs vins haut de gamme, cette année. Dans les magasins romands, à fin janvier, on n’avait encore rien vu, les deux merlots classés dans notre dégustation étant des flacons d’entrée de gamme de deux négociants, Valsangiacomo et Vinattieri.
Un archétype
Nous avons donc élargi notre dégustation à des vendeurs plus spécialisés. Et trois de leurs vins sortent du lot! A moins de 20 fr,, le San Zeno de Tamborini est un archétype, dans un millésime délicat. En 2003, la sécheresse du printemps s’est en effet cumulée avec la canicule de l’été – le plus chaud de toute l’histoire du merlot, devant 1947. Certains vignerons ont hâté les vendanges d’un mois, début septembre, en raison du haut taux de sucre et de l’acidité basse du raisin. D’autres ont su attendre la maturité phénolique (pépins sans verdeur)…
La plupart des cuvées d’entrée de gamme jouent sur la provenance et la qualité des raisins: il y a 4000 viticulteurs, dont les neuf dixièmes élèvent leurs vignes en amateurs, et vendent à des négociants et à la coopérative de Mendrisio. Tamborini fut un des premiers avec Zanini-Vinattieri, à croire au potentiel des merlots, dans le sillage des mousquetaires venus de Suisse alémanique, il y a vingt ans. Il vinifie aussi le deuxième vin de notre dégustation. Quant à Guido Brivio, racheté par Gialdi, et dont les vins sont élaborés par le même jeune œnologue formé à Changins et chez Uvavins (VD), Fred De Martin, il présente une gamme très moderne et bien diversifiée.
L’effet millésime
Derrière ce trio, trois ex æquo, à prix divers, plutôt rustiques, s’accordant avec la cuisine locale. Les 2002 sont à la traîne: si certaines «réserves» sont élégantes, la masse des vins a subi l’effet millésime, toujours sensible sur les vins tessinois, en fonction notamment de la pluie. Ainsi, 2002 est l’année la moins favorable depuis 1996 et 1999, 2003 se place hors classe, 1997 est excellent, 2000 et 2001, très bons.
L’Histoire a donné raison au pari osé des ingénieurs agronomes qui ont imposé ce cépage, devenu vedette à Pomerol, mais aussi en Californie et dans le Nouveau-Monde. Une étude des terroirs, amorcée l’an passé, va affiner l’approche du merlot dans le vignoble partagé en deux parties d’égale surface, le Sopraceneri et le Sottoceneri.
Pour télécharger le tableau comparatif des vins, se référer à l'encadré.

