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12 Bordeaux: La marque au secours des châteaux

Face à un marché mondialisé, Bordeaux et ses milliers de châteaux contre-attaquent. Les négociants reprennent la main.

Qu’est-ce qu’un «bordeaux de marque»? Un vin d’assemblage, élaboré dans les chais d’un négociant. Il s’en écoulerait plus de 100 millions de bouteilles par an. Rappel: depuis 1911, tout vin produit dans le département de la Gironde a droit à l’appellation «bordeaux». L’assemblage consiste donc à acheter à des viticulteurs des quatre coins du département des vins qui sont ensuite élevés par les négociants. Le merlot a le vent en poupe, suivi du cabernet sauvignon et du cabernet franc. Un vin de château, lui, provient d’un périmètre délimité sous influence d’un microclimat.

Profiter d’un nom (re)connu
Expert nommé par Paris en 2001, Jacques Berthomeau avait plaidé pour les marques, dans un rapport fameux: «La marque est une porte d’entrée simple, rassurante pour le non-initié habitué à ce type de confort dans les autres actes d’achat alimentaire».
Il s’agit, aussi, d’utiliser la notoriété d’un nom pour écouler de «petits vins». Notre dégustation le démontre: le vainqueur, d’Estournel, rappelle à tout amateur de bordeaux le fameux Château Cos d’Estournel, un des 59 grands crus classés en 1855. A moins de 10 fr., il ne s’agit pas d’un «petit Cos», pas même du «second vin» du domaine, mais bien d’un assemblage de négociant, mentionné comme tel sur l’étiquette. Même démarche avec Dourthe N° 1, revendiqué comme un bordeaux moderniste, à base de deux tiers de merlot, plus souple que le cabernet sauvignon. Et ce sont deux 2001 qui s’imposent: ces «petits bordeaux faciles à boire» ont tout de même besoin de deux ou trois ans pour que leurs tanins s’arrondissent.

Au troisième rang, le Royal Saint-Emilion, marque de coopérative. Elles sont très importantes sur le marché du bordeaux: 48 coopératives produisent un quart de la vendange. Elles ne mettent pas tout leur vin en bouteilles, mais le livrent en vrac aux négociants. Ensuite, Malesan, qui, avec une dizaine de millions de bouteilles, est une des rares marques importantes, derrière Mouton-Cadet (15 millions de cols).
Aujourd’hui, la crise fait rage, à Bordeaux. A fin 2005, les viticulteurs ont obtenu des négociants 1000 euros par tonneau de 900 litres, soit à peine 1,50 fr. par litre de vin produit! Le vignoble bordelais est passé de 70 000 ha en 1975 à 123 000 ha en 2004, pour une production qui frise les 7 millions d’hectolitres. Les exportations ont chuté à 1,8 million d’hl en 2004, soit au niveau de 1988. La Suisse (qui importe 78 000 d’hl) pointe au sixième rang, pour une valeur de 96 millions d’euros (contre 155 millions, respectivement 146 pour la Grande-Bretagne et la Belgique, en tête). Ce chiffre, pour la Suisse, a baissé de 18% par rapport à 2003!

La marque mais aussi la qualité
Pour la Chambre d’agriculture, «la diversité des vins de Bordeaux ne répond pas à la demande». Et verdict du négociant Christian Delpeuch, président du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) depuis juillet 2004: «La marque, c’est l’avenir des bordeaux face aux vins du Nouveau-Monde. Encore faudrait-il se donner les moyens de faire des produits qualitatifs.» On ne saurait mieux dire!

Pierre Thomas

Pour télécharger le tableau comparatif des vins, se référer à l'encadré.