
12 spécialités valaisannes: L’image du Valais en jeu
Le millésime 2004 n’a jamais autant produit de «spécialités» valaisannes qui se retrouvent immanquablement dans les linéaires des supermarchés. Et ces vins, hélas, sont décevants. Mais ça s’explique!
Depuis 2000, nous n’aurions pas pu réunir autant de petites arvines et d’humagnes rouges de supermarchés. Le volume du cépage blanc a bondi de 50% en 2004, par rapport aux quatre années précédentes, et celui de l’humagne rouge de 25%. Entre 1982 et 1991, l’arvine et l’humagne rouge n’avaient produit que 0.3% des vins valaisans. En 2004, le volume du cépage blanc s’est multiplié par six (près de 1 million de litres), et le rouge, par quatre (830 000 litres). En 2004, l’arvine représentait 30% des spécialités blanches, l’humagne 21% des rouges. Mais, rassure le vigneron-encaveur Jacques Disner, président de l’Interprofession de la vigne et du vin du Valais (IVV), 2005 marquera un retour à la normale, avec «un tiers de moins qu’en 2004». Et, promis, juré, de grande qualité!
Un bon rapport qualité-prix
Il fallait planter ce décor pour expliquer le tableau, peu flatteur, de notre dégustation. Les supermarchés servent d’exutoire au trop-plein des spécialités valaisannes 2004. A ce jeu, ceux qui maîtrisent le mieux la qualité sont des habitués. Pas étonnant de retrouver les Caves Orsat, de Martigny, en tête des petites arvines, suivies de la Cave Taillefer des frères Jacques-Alphonse et Philippe Orsat, à Charrat, et Provins-Valais. Pour l’humagne rouge, Taillefer s’impose, devant le Chablaisien Bernard Cavé pour la ligne exclusive de Casino, suivi de Jacques Germanier (Cave du Tunnel, Conthey). Ces acteurs du marché sont régulièrement référencés dans les grandes surfaces et connaissent les limites d’un honnête rapport qualité-prix.
Faut-il s’appesantir sur une telle dégustation? Directeur de l’IVV, Pierre Devanthéry remarque: «Chaque vin mal noté par un jury est préjudiciable à l’image globale des vins du Valais, qui est une marque collective.» Et celle-ci consent de gros efforts pour promouvoir les «cépages autochtones et traditionnels» (lire ci-contre). Jacques Disner, confirme que le Valais, passé de moins de 5% de l’encépagement, en dehors des pinot noir, chasselas et gamay, à près de 20% en dix ans, «doit apprendre à gérer une production plus abondante».
Des cépages délicats
Vigneron-encaveur à Chamoson, il précise que, «plus qu’à l’accoutumée, les spécialités ont donné des vins moyens en 2004, année délicate». Et de rappeler: «Les deux cépages, les plus tardifs en blanc comme en rouge, où la maturité du raisin est capitale, se réussissent d’abord à la vigne. L’arvine doit être plantée dans les meilleures zones. Sa vivacité et sa note finale saline s’expriment mieux si le vin est sec (ndlr.: sans sucre). L’humagne rouge doit être surveillée de très près; elle peut produire facilement 1,5 kg au m2. Le vin est rustique et sauvage, mais, si la maturité n’est pas optimale, on tombe dans la verdeur et les notes herbacées.»
C’est exactement à ces qualités (et à ces défauts!) que le jury de Tout Compte Fait s’est attaché. Le résultat est représentatif du millésime, mais du vignoble aussi où le plafond de production pour les «spécialités» AOC est fixé à 1,2 kg au m2, avec de nombreuses jeunes vignes. Maladie de jeunesse? N’empêche: quand le vin est tiré, il faut le boire.
Pierre Thomas
Pour télécharger le tableau comparatif des vins, se référer à l'encadré.

