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Quatre façons de financer sa retraite

Il ne faut pas attendre benoîtement que sonne la retraite pour prendre les grandes décisions en matière financière. Mais quelle solution choisir?

Prendre sa retraite, tout le monde y pense. Mais quand et, surtout, comment la financer? La réponse est cruciale, car, une fois arrêtée, elle devient irrévocable et détermine les revenus jusqu’à son dernier jour. Exemple avec M. et Mme Darbellay, domiciliés à Lausanne.

Dans un peu plus de trois ans, ils pourront prendre une retraite bien méritée. Un point cependant les inquiète: il leur reste peu de temps afin de décider s’ils vont opter pour une rente ou retirer le capital de leur
2e pilier.

En considérant les incertitudes des marchés financiers, ils ont d’abord pensé demander la rente, afin d’être sûrs de ne pas voir leur capital vieillesse partir en fumée dans quelque krach boursier. De plus, peu familiers des questions liées aux placements, ils ne veulent pas se créer des angoisses inutiles.

1. La rente LPP:
fiscalement coûteuse
Oui mais… En s’informant, le couple a réalisé que son choix avait des conséquences fiscales importantes à long terme. L’option capital est bien souvent plus avantageuse de ce point de vue que l’option rente (voir tableau).

En outre, le niveau prévisible des revenus futurs n’est pas très encourageant: avec l’entrée en vigueur, le 1er janvier 2005, de la première révision de la LPP, le taux de conversion de la rente, qui exprime le montant de la rente en pourcentage du capital, sera progressivement abaissé sur une période de dix ans pour atteindre 6.8%. La diminution du taux de conversion et l’absence d’épargne personnelle peuvent être à l’origine de pertes sensibles de revenu.

Les Darbellay hésitent donc. Le retrait du capital présente quand même bien des avantages… En particulier, l’argent épargné durant de longues années n’est pas perdu s’ils décèdent prématurément après leur retraite: leurs héritiers pourraient donc bénéficier du reste du capital retiré, lors du partage de la succession.
A l’inverse, si les futurs retraités optent pour la rente, le capital restant après leur décès sera conservé par la caisse de prévoyance afin que d’autres assurés en profitent, solidarité oblige.

Perspective fâcheuse, regrettent les Darbellay, car ils souhaitent offrir la meilleure sécurité financière à leurs deux enfants au cas où ils viendraient à décéder. Mais la variante capital les tracasse aussi: leur train de vie pourra-t-il être assuré jusqu’à un âge avancé, puisque le capital diminue inexorablement?

Pour répondre à cette question, ils doivent examiner plusieurs possibilités d’investissements des capitaux de prévoyance et comparer les résultats à ce qu’ils toucheraient s’ils optaient pour la rente, en tenant compte de tous les paramètres.

2. La rente viagère:
modeste et imposée deux fois
Une solution réside dans l’achat d’une rente viagère auprès d’une compagnie d’assurances. Cette idée est intéressante car, en cas de décès, les héritiers bénéficient de ce qu’on appelle dans le jargon la «restitution du capital». Autrement dit, le montant qui n’a pas été versé aux Darbellay sous forme de rente peut être remboursé à leurs héritiers, c’est-à-dire aux enfants.

Pourtant, et même si la rente viagère présente des avantages incontestables, elle n’est pas recommandée dans le cas qui nous occupe. Pourquoi? Parce que le taux de conversion du capital en rente, c’est-à-dire le taux qui permet de calculer le montant de la rente à partir du capital investi, est beaucoup plus bas que celui de la caisse de pension (4.5% dans notre exemple, contre 7.15% pour le taux de conversion de la rente LPP). Donc la rente sera plus modeste.

Autre désavantage: la double imposition. En effet, 40% du montant de la rente seront taxés comme revenu, quand bien même le capital qui avait permis son achat a déjà été imposé lors du retrait.

Il reste que, si l’on souhaite avantager ses héritiers sans renoncer à une rente à vie, ce type de produit garde du sens. Le raisonnement est aussi valable pour un couple marié où le conjoint survivant doit absolument conserver une rente inchangée après le décès de son époux ou de son épouse. Car les caisses de pension, elles, ne versent en principe que 60% du montant de la rente de vieillesse initiale, et cela seulement à la veuve.

3. Les obligations:
à moins d’une grosse fortune…
Si l’argent du 2e pilier était entièrement placé dans des obligations, les héritiers bénéficieraient d’un joli pactole si M. ou Mme Darbellay venaient à décéder dix ans après leur retraite. Le problème, c’est que les intérêts ne suffiraient de loin pas à couvrir les dépenses du couple. Compte tenu de l’impôt prélevé sur les capitaux de prévoyance (lors du retrait) et de l’imposition comme revenu des coupons d’intérêts servis par les obligations, les «recettes» des Darbellay seraient en effet trois fois inférieures à la rente LPP! Solution impossible donc, car ils ne pourraient en aucun cas conserver leur train de vie, malgré le complément de la rente AVS de couple qui leur sera versée.

4. Le concept individuel:
le plus avantageux
La quatrième possibilité est certainement la meilleure pour le couple Darbellay. L’idée est de scinder le capital en deux tranches bien distinctes: la tranche «consommation» et la tranche «accroissement». La première a pour fonction d’être «mangée» par les retraités afin de combler les lacunes de revenus pendant les dix prochaines années. Ces placements doivent être très sûrs, comme des comptes à terme, des fonds d’obligations ou des polices d’assurance à prime unique. Aucun de ces placements ne doit menacer la stabilité des revenus.

La tranche «accroissement» intègre quant à elle des investissements plus dynamiques, comme par exemple des actions et des obligations en monnaies étrangères. Les Darbellay disposent de dix ans pour réaliser des plus-values sur l’investissement initial dans cette tranche: ils ne doivent ainsi pas se soucier des fluctuations boursières sur le court et le moyen termes. L’idée est bien entendu que les bénéfices engrangés grâce à la tranche «accroissement» compensent partiellement, et dans l’idéal complètement, la diminution progressive de la part «consommation».

Y penser dès 55 ans
La question du retrait des avoirs de la caisse de pension sous forme de rente ou de capital ne peut être étudiée quelques mois seulement avant la retraite. Non seulement, dans la plupart des caisses de pension, le capital doit être demandé trois ans avant l’âge de la retraite, mais, en plus, une analyse tardive de la situation à la retraite ne permet plus de combler d’éventuels revenus insuffisants. C’est au plus tard à l’âge de 55 ans que cette question devrait être examinée attentivement et différentes variantes être calculées.

Frédéric Constantin, consultant financier
VZ VermögensZentrum Lausanne

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