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Des «primes uniques» trop chères

De nombreuses sociétés d’assurances proposent à leurs clients d’investir dans des primes uniques liées à des fonds. Les rendements ne sont pas toujours aussi attrayants que les prospectus de vente le laissent entendre.

Contrairement aux assurances épargne à primes périodiques, les assurances à prime unique – comme leur nom l’indique – se fondent sur un versement unique de capital. Le preneur d’assurance verse un montant important (par exemple 50 000 fr.) à une société d’assurances. Celle-ci investit l’argent pour une durée déterminée. Pendant la durée du contrat, un capital-décès est également assuré. Qui dépend de la durée de l’assurance.
On fait une distinction entre l’assurance à prime unique classique et celle liée à des fonds.

  • Dans le cas de l’assurance à prime unique classique, la compagnie d’assurances garantit un certain capital à l’échéance de la police. La durée minimale est de cinq ans et le rendement se situe entre 1% et 2% selon la durée et ladite compagnie.
  • Dans le cas de l’assurance liée à des fonds, la société d’assurances place le capital en fonds d’actions et d’obligations et ne garantit aucun capital à l’échéance de la police. Le montant versé à l’échéance dépendra de l’évolution des fonds sélectionnés. La durée minimale est de dix ans pour ce type d’assurance.

Celui qui choisit cette solution va se trouver confronté à trois difficultés.

  • La difficile sélection des fonds de placement

Si, dans le cas des assurances à prime unique classiques, l’assuré n’a aucune prise sur la stratégie de placement, il en va tout autrement avec les assurances à prime unique liées à des fonds. Là, il décide lui-même de l’évolution de son capital d’épargne. Au moment de la conclusion du contrat, il détermine dans quels fonds il souhaite investir son capital. La plupart des compagnies autorisent les changements de fonds pendant la durée du contrat. Par ailleurs, elles proposent toute une série de fonds, dont la sélection sera fonction de la stratégie de placement choisie. L’investis-seur doit donc d’abord définir la structure de risque, autrement dit la répartition entre les placements en actions et en obligations. Selon la pondération des différentes classes de risque, la stratégie de placement sera plutôt dynamique (accent sur les actions) ou plutôt défensive (accent sur les obligations). Si plusieurs fonds sont proposés dans les différentes catégories, il faut sélectionner le meilleur sur la base de critères, tels que la performance, le risque, les frais, entre autres.

Cela semble simple en théorie, mais, dans la pratique, il est rare que les choses soient aussi claires. Souvent, un non-initié ne dispose cependant ni des connaissances ni des informations nécessaires pour évaluer correctement les fonds. Il a donc trop tendance à se baser sur les prospectus des fonds ou les recommandations du conseiller en assurances.

  • L’avantage fiscal est surestimé

L’un des avantages les plus souvent cités des assurances à prime unique réside dans le traitement fiscal des produits du capital. En effet, les produits accumulés sont exonérés d’impôts pour autant que la prime unique liée à des fonds ait un terme d’au moins dix ans et que le bénéficiaire ait au moins soixante ans au moment de percevoir le capital. Pour les investisseurs qui optent en faveur d’une stratégie de placement offensive et de longue durée, cet avantage fiscal perd de l’importance. Car le produit de fonds d’actions est aussi en grande partie exonéré d’impôts dans le cas d’un placement direct, étant donné que les gains en capital réalisés par les investisseurs privés ne sont pas soumis à l’impôt sur le revenu, tant de la Confédération que de l’ensemble des cantons. Dans un placement direct, seuls les dividendes seraient imposés (au taux de 1% à 2%). Le «manteau assurance» n’offre donc à l’investisseur aucun avantage fiscal digne de ce nom.

  • Les frais mangent le rendement

En revanche, les frais d’administration portés en compte par la société d’assurances sont très élevés et peuvent très vite grever le rendement net de 1% à 2% par an. Une comparaison actuelle montre qu’on peut espérer obtenir un rendement net d’un peu plus de 4% l’an auprès de la société d’assurances la plus généreuse dès l’instant où les fonds de placement atteignent un rendement annuel de 5%. Si l’on examine l’offre la moins avantageuse, on tombe même à 3,3%, si bien que les frais d’administration atteignent dans ce cas près de 2% l’an.

D’énormes différences
Prenons un exemple. Deux investisseurs aimeraient placer 100 000 fr. en fonds d’actions. L’investisseur A le fait via une police liée à des fonds, l’investisseur B achète les fonds d’actions auprès d’une banque. Si les fonds des deux investisseurs progressent de 5% chaque année, l’investisseur B aura un avoir de 162 900 fr. au bout de dix ans. L’investisseur A, qui a opté pour la police liée à des fonds, aura lui un avoir situé entre 138 000 fr. et 149 000 fr. selon la société d’assurances. Cette énorme différence est essentiellement liée aux frais que ladite société impute aux avoirs des fonds. Lesquels? Songeons, d’une part, aux coûts de gestion de la police et à la commission à verser à l’intermédiaire d’assurance et, d’autre part, à la prime pour le capital décès. A cela s’ajoute que, à la conclusion d’une assurance à prime unique, un droit de timbre égal à 2.5% est dû. L’investisseur B a donc une marge de manœuvre suffisante pour supporter sans sourciller la taxation de la partie des gains sur les fonds résultant de distributions de dividendes. Puisque les dividendes sont généralement très modestes par rapport aux gains de cours.

Placement direct plus avantageux
Les assurances à prime unique liées à des fonds conviennent plutôt à des investisseurs axés sur le long terme, vu leur durée minimale de dix ans. Mais si l’on a dix ans devant soi et qu’on est prêt à assumer certains risques liés aux placements en actions, il ne faut pas hésiter à opter plutôt pour un placement direct. D’abord, la formule étend considérablement l’éventail des placements possibles et, de plus, elle permet d’éviter les frais d’administration superflus portés en compte par les compagnies d’assurances.

Roland Bron,
Directeur VZ VermögensZentrum Lausanne

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