
3e pilier A: les modestes rendements des assureurs
Le 3e pilier lié a beaucoup de succès. Pour autant, ses rendements demeurent faibles, surtout lorsqu’il s’agit d’une assurance. Les avantages fiscaux sont plus concrets!
Les assurances minimales légales du 1er et du 2e piliers (AVS/AI et LPP) ne permettent plus de subvenir aux besoins en prévoyance de nombreux ménages. Il s’avère donc primordial de combler les lacunes de manière individuelle. Le 3e pilier A, également appelé 3e pilier lié, est un bon moyen d’y parvenir.
Il faut toutefois choisir le meilleur placement possible, puisqu’on s’engage pour plusieurs années, voire, souvent, pour plusieurs dizaines d’années. L’un des critères à considérer est bien entendu le rendement. Or, ce n’est pas vraiment le point fort des produits proposés par les assurances!
Le tableau ci-contre, qui indique les offres de principaux prestataires sur le marché suisse, le prouve. Pour bien comparer, il faut savoir que la rémunération des capitaux investis sur une police d’assurance est composée, d’une part, des intérêts garantis et, d’autre part, des excédents, lesquels ne peuvent pas être garantis contractuellement. Logique: ces excédents proviennent de l’évolution des placements, du risque et des coûts, autant de paramètres que l’assureur ne peut qu’évaluer. Autrement dit: il ne s’agit que de promesses, que les compagnies respectent très variablement…
Entre 1.2% et 2% sans garantie…
Les rendements escomptés (excédents inclus), calculés pour une durée de trente ans, varient donc entre 1.26% et 2.01%. Mais, comme nous venons de le voir, pour connaître le montant minimum sur lequel l’assuré peut compter, il faut oublier les excédents. Du coup, ainsi que le montre notre tableau, les rendements se réduisent à peau de chagrin, certains prestataires n’accordant pratiquement aucun intérêt sur la partie garantie!
Il est donc indispensable de comparer aussi bien les prestations garanties que le rendement escompté (excédents inclus), puisque, au final, la différence peut atteindre 30 000 fr.!
Banque ou assurance?
Dès lors, pourquoi opter pour le produit d’une assurance et ne pas choisir plutôt le 3e pilier lié d’une banque? Parce qu’ils ne répondent pas aux mêmes profils.
- Les assurances
Les produits proposés par les assurances permettent d’associer l’épargne à la couverture du risque d’invalidité ou de décès. En cas d’incapacité de travail, voire d’invalidité, la compagnie continuera en effet à verser les cotisations, ce qui n’est pas le cas avec un compte ou un dépôt auprès d’une banque. Mais cet avantage a un prix: l’assuré s’engage à verser régulièrement ses primes, alors que, auprès d’une banque, il peut les suspendre sans justification. Pour les personnes désireuses de se soumettre à une obligation d’épargne, l’engagement par contrat d’assurance peut donc s’avérer judicieux. Attention toutefois: en cas de résiliation anticipée de la police d’assurance, les coûts à consentir pour récupérer le capital investi peuvent être importants.
- Les banques
Le rendement d’un compte bancaire de 3e pilier A est légèrement meilleur que celui d’une assurance, puisqu’il rapporte aujourd’hui entre 1.5% et 2.75% par année. Mais, bien entendu, ce rendement dépend des risques inhérents au placement, ici peu élevés. L’épargnant qui cherche à faire fructifier ses cotisations de manière plus dynamique doit opter pour un produit 3 A lié à un fonds de placement, qui lui permet de choisir une stratégie en fonction de son profil d’investisseur (lui-même défini par le risque qu’il est prêt à consentir). Ce type d’engagement, dont les rendements varient en fonction de la stratégie adoptée, nécessite toutefois un horizon de placement d’au moins cinq ans par rapport au moment du retrait. (Lire à ce propos notre comparatif dans Tout Compte Fait de décembre 2004).
Il faut comparer
On le voit: la solution la plus avantageuse ne peut malheureusement pas être évaluée de manière générale.
- La personne qui souhaite associer l’épargne à la couverture du risque d’invalidité ou de décès se tournera tout naturellement vers une compagnie d’assurance. Une solution qui n’est certainement pas la plus attractive au niveau du rendement, mais qui a le mérite de combiner l’épargne et le risque.
- La personne qui recherche à la fois le rendement et une certaine flexibilité préférera les solutions bancaires, notamment par le biais d’un 3e pilier A lié à des fonds de placement.
Retrait avant 60 ans
Quelle que soit la solution choisie (banque ou assurance) le capital du 3e pilier A peut être retiré au plus tôt cinq ans avant l’âge de la retraite AVS ordinaire. Des retraits anticipés sont permis dans les cas suivants:
- départ définitif à l’étranger;
- établissement à son propre compte;
- achat d’un logement pour ses propres besoins;
- rachats dans une caisse de pension du 2e pilier.
Frédéric Constantin, consultant financier
VZ VermögensZentrum, Lausanne
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Une bonne affaire fiscale
Le 3e pilier a est fiscalement intéressant, puisque les versements annuels effectués dans ce cadre peuvent être déduits du revenu imposable à hauteur d’un montant maximal défini chaque année. Dès 2005, la déduction autorisée pour les employés s’élève à 6192 fr. A titre d’exemple, si Monsieur Martin, domicilié à Lausanne (marié et sans enfant), déduit cette somme de son salaire imposable, il réalisera une épargne fiscale de plus de 1500 fr.
Au même titre, les collaborateurs à temps partiel sans 2e pilier, tout comme les indépendants, peuvent, quant à eux, déduire 20% de leurs revenus bruts (revenus AVS) du travail, mais 30 960 fr. au plus.
Les fonds ainsi épargnés peuvent être retirés au plus tôt cinq ans avant l’âge légal de la retraite (au plus tôt 59 ans pour les femmes et 60 ans pour les hommes). C’est pour cette raison que le 3e pilier A est également appelé prévoyance «liée». Lorsque le capital est remboursé à l’investisseur, il est soumis à un taux d’impôt préférentiel sur le revenu identique au 2e pilier.
Le montant ainsi prélevé varie en fonction des dispositions cantonales (voir tableau comparatif dans Tout Compte Fait de janvier 2005).

