
12 vins d'Argentine et d'Uruguay : La montée en puissance de l’Argentine
A la faveur d’une grave crise économique, l’Argentine fait une percée dans les rayons vins des supermarchés. Mais le quatrième producteur mondial (derrière le trio Italie-France-Espagne) cherche encore sa voie.
Chili, Argentine, Uruguay (lire ci-contre): des vins d’outre-mer, comme disent les Alémaniques, ou du Nouveau-Monde. Mais un monde pas si éloigné de l’Europe. D’abord, ce sont les Espagnols qui ont amené la vigne jusqu’aux antipodes, de part et d’autre de la cordillère des Andes. Ensuite, dès le XIXe siècle, les émigrants européens ont implanté force cépages français, italiens et, plus récemment, espagnols.
Les Français sont partout
Sur l’échiquier économique mondialisé du vin, chaque pays a choisi «son»
cépage de bataille, en plus des chardonnay, sauvignon, merlot et cabernet. Pour le Chili, ce sera la carmenère, jadis plantée à Bordeaux, pour l’Argentine, le malbec, connu à Bordeaux et Cahors et, pour l’Uruguay, le tannat, cépage du Sud-Ouest.
Si la carmenère n’arrivait pas à maturation à Bordeaux, le malbec donne les Cahors les plus solides et le tannat a relancé le Madiran. Mais outre-Atlantique, les vins tirés de ces cépages n’ont plus grand-chose à voir avec ceux de l’Europe. Questions de climat et de mode de culture, plus que de vinification. Car, si le débat vins d’Europe contre ceux du Nouveau-Monde fait rage, notamment en France dont l’exportation peine à résister à cette déferlante, on n’hésite pas, à Mendoza, la capitale du vin argentin, à faire appel à des Français. Le «vinificateur volant» Michel Rolland tient boutique (ou plutôt laboratoire) sur place, et tous les domaines qui en ont les moyens se prévalent de ses conseils. Comme les Chiliens, les Argentins apprennent vite. Les investisseurs suivent et construisent des caves monumentales au milieu de centaines d’hectares récemment plantés.
Du raisin pratiquement hors sol
Je reviens d’une visite à Mendoza. Sur place, j’ai vu ce qui sépare les vignobles argentins des européens. Si, du côté chilien des Andes, la vigne s’est développée dans des vallées, côté argentin, dans la province de Mendoza, où se concentre le 70% des 200 000 ha de vignes du pays (13 fois la Suisse viticole), la vigne pousse dans un désert, vaste et plat, à 1000 m d’altitude. Les racines des ceps restent en surface. L’irrigation est indispensable: on détourne les torrents andins ou on équipe, de plus en plus, les vignes de goutte-à-goutte, piloté par ordinateur… Des vignes pratiquement hors sol! «On peut se demander si ces terroirs sont naturellement viticoles», s’interroge Pierre Casamayor, dans Le vin en 80 questions (Ed. Hachette) qui vient de paraître.
Un style mal défini
Prédestinés à la vigne ou non, ces hectares produisent, et même beaucoup. Et les flacons sont dans nos supermarchés! Notre dégustation montre que les vins argentins se cherchent: malbec seul ou en assemblage? De style boisé, grâce à des copeaux, utilisés dans le bas de gamme, ou en fût, alignés dans les caves pour les cuvées haut de gamme? «Les Argentins ne comprennent pas encore que l’harmonie et l’équilibre doivent prendre le pas sur les vins chauds, alcooliques et lourds», juge l’œnologue Christian Garcia, de la Finca La Celia, propriété du grand groupe chilien San Pedro. C’est aussi l’avis du jury de Tout Compte Fait.
Pierre Thomas
Pour télécharger le tableau comparatif des vins, se
référer à l'encadré.

