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12 chasselas: Chasselas: un tiercé bien vaudois

Verdict de notre «banc d’essai» sur le vin blanc toujours le plus bu des Helvètes: trois crus vaudois en tête! Rien d’étonnant, puisque le Pays de Vaud est devenu le «réduit national» de ce cépage, romand par excellence. La preuve par les chiffres.

Une précision d’entrée de jeu: nous n’avons dégusté que des 2003 glanés sur les rayons des supermarchés à fin avril. La sélection a été naturelle et quasi exhaustive: à une ou deux exceptions près, les crus de 2003 n’étaient pas encore sur les rayons, garnis à profusion de 2002 et de 2001. Et cela s’explique pour trois raisons. Primo, traditionnellement, le blanc suisse véhicule l’image d’un vin à boire dans l’année. Secundo (qui découle de ce qui précède...), il y a donc urgence à liquider les stocks. Et tertio, 2003, année réputée d’excellente qualité, a peu produit: 31% de moins que la consommation moyenne de vin blanc, selon les chiffres officiels.

Vaud, pays du chasselas
Cette donnée est à replacer dans le contexte général suisse: entre 1992 et 2002, la consommation annuelle des vins blancs indigènes est tombée de 80 millions de litres à 57 millions. Conséquence: les surfaces plantées en raisins blancs régressent (– 248 ha en 2003) et celles en chasselas davantage (– 332 ha en 2003), compensées par des «spécialités», comme la petite arvine en Valais. C’est, du reste, dans ce canton – un tiers des 15 000 ha du vignoble suisse – que le chasselas, appelé fendant, perd le plus de terrain, laissant désormais au Pays de Vaud le rôle de leader. On recense presque deux fois plus de chasselas dans le vignoble vaudois (2567 ha, soit 66% de la surface) qu’en Valais (1442 ha, soit 28%). Suivent Genève (361 ha), Neuchâtel (245 ha), Berne (101 ha) et Fribourg (71 ha). Au total, avec 4800 ha, le chasselas occupe un peu moins du tiers de la surface du vignoble suisse.

Selon notre dégustation, les appellations vaudoises tiennent leur rang. Et ce sont les deux vins les plus chers qui l’emportent. Le prix n’est pas le seul critère de choix: pour preuve, les fendants ont de la peine à être valorisés dans les grandes surfaces (lire ci-contre), mais, comme le quatrième de la dégustation (voir tableau), peuvent être de bonnes affaires.

Un futur sous condition
Quel avenir pour le chasselas? La question brûle les lèvres. D’abord, sa fonction de «vin d’apéritif» est indéniable. Mais l’habitude se perd... Ensuite, comme le remarque Jean-Pierre Rémy, grand connaisseur, «les chasselas devraient se boire après dix-huit mois de bouteille». Il y a donc matière à redécouverte de vins matures. Voire même de chasselas qui ont vieilli une dizaine d’années et qui développent des arômes plus complexes que le vin jeune.

«Le chasselas reste un vin étalon, ancré dans les esprits suisses», souligne Frédéric Compain. «Quand il est bien fait, il incarne l’identité suisse», renchérit Jean-Christophe Ollivier. Que les sommeliers le tiennent dans une telle estime est primordial pour la défense et l’illustration du chasselas.

Pour télécharger le tableau comparatif des vins, se référer à l'encadré.