
12 châteauneuf-du-pape: Un pape et ses vertus cardinales
S’il y a un vin qui symbolise à la fois «le terroir» et l’appellation d’origine contrôlée (AOC), c’est bien le châteauneuf-du-pape. Mais ce prince (de l’Eglise) n’échappe pas à la hiérarchie de la dégustation, contrastée.
Le châteauneuf-du-pape a tout pour plaire. Une origine qui fait rêver (la Provence), une riche histoire qui remonte au 14e siècle, quand la papauté s’exila brièvement de Rome en Avignon, et une solide réputation. Plus de la moitié de ses 13,5 millions de bouteilles annuelles sont exportées. Les Suisses, Belges et Allemands sont en tête des consommateurs, traditionnellement. Et c’est bien un discours de tradition que diffusent les producteurs locaux (www.chateauneuf.com).
Une AOC vieille de septante ans
On est là au cœur de la première AOC de France, initiée par le baron Le Roy de Boiseaumarie en 1923, confirmée dix ans plus tard par la Cour de cassation. Le territoire est délimité entre 1924 et 1929, sur les communes de Châteauneuf, Bédarrides, Courthézon, Orange et Sorgues. Les cépages autorisés sont treize: huit rouges, grenache, syrah, mourvèdre, cinsault, terret noir, counoise, muscardin et vaccarèse, et six blancs, grenache blanc, clairette, roussanne, bourboulenc, picardan et picpoul. Mais le blanc ne représente que 6% de la production.
Des décrets (1966 et 1992) précisent la taille de la vigne, le rendement, limité à 35 hectolitres par hectare, la vendange manuelle, avec tri des raisins et le degré naturel d’alcool, 12°5 minimum et interdiction de chaptaliser (ajout de sucre pour remonter le degré). A noter que tous les vins dégustés affichaient entre 13°5 et 14° d’alcool.
Des paramètres très différents
Tout cela est exemplaire. Sur le papier du moins. Dans le terrain, les nuances s’imposent. D’abord, sur 3150 hectares, soit l’équivalent du vignoble vaudois, les sols sont forcément disparates. Le Rhône a bien déposé sur les plus belles terrasses des «galets roulés» qui restituent de la chaleur quand souffle le mistral. Mais des terres plus sablonneuses existent aussi...
Bien sûr, il y a «treize cépages», mais tous ne mûrissent pas avec un égal bonheur. Et certains vins de grenache pur comptent parmi les meilleurs châteauneufs! L’influence des millésimes reste patente: 2000 très chaud, avec des vins presque «cuits»; 2001, destiné à une longue garde (plus de vingt ans); 2002, et ses pluies terribles à l’équinoxe de septembre; 2003, très chaud, pour des vins riches et denses.
Enfin, les vinifications ont changé: égrappage, foulage mécanique, élevage en barrique neuve. Les œnologues-conseils ont recommandé l’«écrémage» par des cuvées de prestige, chères et confidentielles, vantées par la critique internationale, Robert Parker en tête, nommé citoyen d’honneur du bourg en 1995. Reste alors, aux supermarchés, le choix entre les vins de négociants (30% de la production) et les châteaux de plus ou moins bonne renommée. Le gagnant du jour (La Nerthe) fait partie des plus dynamiques: l’honneur de Châteauneuf est sauf!
Pour télécharger le tableau comparatif des vins, se référer à l'encadré.

