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Des bulles dans les bulles

Dom Pérignon, que de crimes commis en ton nom! Le moine inventeur du fameux mousseux doit se retourner dans sa tombe. Les champagnes bruts n’ont pas plu du tout aux sommeliers de notre jury.

S’il y a bien un vin qui est servi dans les cafés, hôtels, bars et restaurants, c’est le champagne: la moitié des six millions de bouteilles importées, année après année en Suisse, se consomment hors du domicile. Monsieur et Madame Tout-le-monde affirment boire du champagne surtout à Noël et Nouvel-An, lors d’un événement familial ou de cocktails et de réceptions. Le mousseux le plus célèbre du monde ne se départit donc pas de son image festive. Et du plaisir qu’il est censé procurer...

Or, «on n’a envie de boire aucun des vins qui nous ont été soumis», déplore Eric Duret. «Pour de tels prix, on peut s’attendre à mieux», renchérit Claudio De Giorgi. Difficile d’accuser les deux sommeliers de cracher dans la flûte, le verre le plus adapté au noble breuvage: le premier a remporté le Trophée Ruinart du meilleur sommelier européen en 1998, le second l’a gagné au niveau suisse en 1993 et siège depuis dans le jury. Or, Ruinart, c’est le plus ancien négoce de champagne, depuis 1729. Aujourd’hui, il fait partie du groupe LVMH (avec Veuve Clicquot), où Moët et Chandon écoule la bagatelle de 30 millions de bouteilles par an (sur un total de 280 millions pour la Champagne).

Difficile de s’y retrouver
Pour le consommateur, la difficulté est grande de s’y retrouver. Ainsi, Pommery est passé en quelques années de l’indépendance au contrôle par Lanson, puis par LVMH, enfin à Paul-François Vrancken. Mais le vignoble de Pommery (300 hectares) est resté dans le patrimoine de LVMH. La marque, elle, demeure. D’autres sont spécifiques à certains marchés. En se démocratisant, le champagne s’est aussi industrialisé. Dès le départ, il est, du reste, issu d’un processus «améliorateur» du vin (lire la rubrique ci-contre).

Un produit de marque
Il faut dès lors savoir lire les petites lettres d’une étiquette de champagne: NM signifie «négociant-manipulant», tandis que MA indique «marque d’acheteur» (voir le tableau). Une même source produit donc des champagnes de style et de signature différents. Sans compter les intermédiaires qui interviennent dans le circuit. Et qui «achètent sur lattes» des lots de vins quasifinis à divers fournisseurs et qui se retrouvent ensuite sous une seule étiquette. «Si les gens croient que le mot champagne les assure d’un bon produit, ils ont tout faux», laisse tomber Eric Duret, dégustation à l’appui.

Pour télécharger le tableau comparatif des vins, se référer à l'encadré.