
Fonds éthiques: la bonne conscience en plus
Concilier la morale avec le rendement, tel est le défi lancé par les principales institutions financières suisses en développant des fonds de placement éthiques. Bilan mitigé mais pas sans intérêt.
Investir une partie de son argent dans un fonds de placement revient à en déléguer la gestion financière au gérant. Ce dernier va, selon une politique globale d’investissement prédéfinie pour le fonds (en fonction du niveau de risque ou d’un domaine spécifique par exemple), placer les sommes qui lui ont été confiées dans des actions, des obligations ou des titres du marché monétaire. L’avantage se situe dans la professionnalisation de sa gestion, le revers de la médaille étant qu’on ne sait plus comment est utilisé l’argent placé. Un fonds peut ainsi, à titre d’exemple, investir dans des entreprises qui exploitent des enfants ou ne dénotent aucune conscience écologique. Et donc contribuer de manière indirecte au développement d’un système qui ne correspond pas aux valeurs des investisseurs.
Pour limiter de tels risques et répondre à une demande de plus en plus forte, la plupart des banques proposent, depuis quelques années, des fonds de placement dits «éthiques». L’idée d’allier le rendement et la morale est en effet alléchante. Mais, dans les faits, le résultat est plus mitigé, car il n’est pas si simple d’intégrer des valeurs qui fournissent au fonds un rendement élevé tout en respectant intégralement son caractère moral.
Tout un processus
La sélection des valeurs se fait généralement à différents niveaux.
- Le gérant exclut les entreprises ayant des activités jugées incompatibles avec la politique de développement durable du fonds. Ce sont notamment les fabricants d’armes qui en font les frais, mais aussi les producteurs de tabac, les commerçants du sexe, les fournisseurs d’énergie nucléaire ou les entreprises touchant au génie génétique, entre autres.
- Il intègre des leaders de chaque secteur d’activités au regard de leurs engagements écologiques et sociaux. Ses critères d’analyse prennent souvent en compte la politique d’entreprise, le style de management, les activités en elles-mêmes, la politique vis-à-vis des collaborateurs (par exemple leurs conditions de travail) et les produits.
- Le gérant retient encore des sociétés innovatrices qui proposent des produits ou des prestations offrant des avantages directs en matière d’environnement ou d’amélioration sociale.
De plus, certains fonds se dotent d’un comité d’experts qui a la lourde tâche d’évaluer les sociétés selon les critères énumérés précédemment et de vérifier ponctuellement si elles sont encore conformes à la politique morale du fonds. Pour Jean-Claude Huot, de la Déclaration de Berne, «de tels comités devraient, par souci de crédibilité, s’appuyer sur les organisations non gouvernementales et les syndicats pour confronter leurs données avec la réalité sur le terrain».
Quelques fonds ont enfin obtenu l’appui d’instituts de renom dans les domaines environnementaux ou sociaux. L’Association Transports et Environnement (ATE) a, par exemple, apporté son soutien au MI-Fonds Eco, lancé par la Banque Migros, et le WWF collabore au Swissca Green Invest, lancé par les banques cantonales.
Pas si simple quand on veut du rendement
Cela dit, quand on y regarde de plus près, on découvre que tout n’est pas si vert. Les fonds éthiques doivent, s’ils veulent survivre dans la jungle des placements financiers, fournir un rendement qui ne fait pas fuir les investisseurs. Les gérants intègrent donc, entre autres, les titres de grandes multinationales comme Bank of America, IBM, UBS ou Johnson & Johnson, qui apparaissent d’ailleurs dans la plupart des véhicules de placement traditionnels.
Les fonds dits éthiques sont-ils dès lors crédibles? Jean Laville, de la Fondation Ethos (à la base d’Ethosfund, géré par Lombard Odier Darier Hentsch), répond «qu’il est impossible, dans le cadre de tels types de placement, de ne pas tenir compte du marché financier en refusant les multinationales parce qu’elles ne sont pas parfaitement blanches.
Les gérants retiennent donc des entreprises qui vont dans le bon sens, ou plutôt qui ont le moins mauvais comportement moral. Mais l’objectif est d’aller encore plus loin dans l’implication des investisseurs au sein des entreprises, que ce soit par le biais des votes lors des assemblées générales ou via des visites directes aux sociétés, pour les sensibiliser à certaines problématiques sociales ou environnementales.»
Rendement: viser le long terme
Et la rentabilité dans tout ça? L’indice de référence des entreprises éthiquement correctes, le DJ Sustainability, n’a pas à rougir devant le MSCI World (indice de référence international) par exemple. Mais les fonds éthiques dans lesquels les investisseurs suisses peuvent s’engager ne sont pas suffisamment anciens pour donner une vision fiable sur le long terme. Et ils ont subi, comme les autres placements en Bourse, une chute vertigineuse de leurs rendements ces dernières années (voir tableau ci-dessus): l’éthique ne protège pas des risques liés aux investissements en Bourse! Investir de façon socialement responsable peut donc rapporter, mais il faut, comme pour les autres fonds, placer son argent sur le très long terme (dix ans par exemple).
Pour télécharger le tableau comparatif des produits, se référer à l'encadré.
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