
La fidélité se paie…
Délivrées gratuitement par des grands magasins, certaines cartes de fidélité permettent de régler ses achats à trente jours ou par étapes. Mais à quel prix et dans quel but?
Impossible aujourd’hui d’effectuer ses achats à Manor, Spengler, Globus, Pfister, Jumbo, Athleticum et dans bien d’autres commerces, sans être pris d’assaut par les hôtesses et par les affiches vantant les mérites de la carte-client. A la caisse, ledit client est d’ailleurs accueilli comme une espèce en voie de disparition s’il a le malheur d’affirmer qu’il ne possède pas ce précieux sésame. Nul doute: les petites cartes plastifiées sont définitivement entrées dans notre quotidien. Mais à qui profitent-elles réellement?
L’arroseur arrosé…
Sous prétexte d’offrir des avantages (rabais, cadeaux ou bonus) à son détenteur, ces cartes de fidélité rendent avant tout service au commerce qui l’émet. Et cela pour deux raisons:
- Avantage marketing: rien de plus fiable pour étudier le comportement de l’acheteur que de «suivre en direct» ses habitudes par ce moyen détourné.
- Avantage financier: grâce à la possibilité de payer à terme, contre de coquets taux d’intérêt, les commerces engrangent des fonds appréciables sur le dos de leurs clients.
Tout Compte Fait s’est penché sur quatre cartes de fidélité (voir tableau ci-contre). Elles permettent toutes de payer ses achats à trente jours sans aucun frais supplémentaire. Mais, au-delà de cette limite, les modes de paiement proposés diffèrent. Spengler et Pfister prévoient le paiement en quatre mensualités, tandis que myOne et PlusCard (nombreux commerces) autorisent les paiements à crédit.
Cette nuance paraît anodine, alors qu’elle est très importante: les paiements par mensualités (jusqu’à un maximum de quatre tranches) échappent en effet à la nouvelle loi sur le petit crédit (lire encadré). Autrement dit: les sociétés émettrices n’ont aucune obligation de contrôler la capacité de leurs clients, de contracter un crédit, et elles pourraient même imposer en toute impunité un taux d’intérêt annuel supérieur au plafond fixé à 15% par cette même loi!
Douloureux taux d’intérêt
Or, 15%, c’est effectivement le taux d’intérêt qu’imposent les commerces dont la carte autorise le paiement à crédit. Mais pour découvrir ce chiffre, il faut éplucher les contrats, car seul le taux d’intérêt mensuel de 1.17% apparaît clairement sur les relevés… Multipliés par douze, ces taux cumulés atteignent toutefois le maximum autorisé. En revanche, les taux d’intérêt des commerces dont la carte de fidélité tolère le règlement des achats par mensualités sont légèrement plus faibles.
Effet boule de neige
En guise d’exemple, prenons le cas d’Hélène, mariée et mère de trois enfants. Au mois de mai dernier, elle a effectué des achats pour 500 fr. dans l’un des commerces proposant la carte myOne. A trente jours, elle a payé 50 fr., soit le minimum admis (10% du montant total). En juin, le solde de son compte affichait 450 fr., complété par le montant de ses nouveaux achats (550 fr.), soit 1000 fr. Hélène a donc fait un versement minimum de 100 fr. et a ainsi accumulé un solde de 900 fr. sur son compte. A compter du mois de juillet, soit après soixante jours, un intérêt de 1.17% par mois est ajouté au montant impayé. Et ainsi de suite pendant les mois d’août, de septembre et ceux qui suivent…
Sauf paiement intégral du solde, Hélène voit donc le montant de ses dettes régulièrement augmenter par le seul effet du taux d’intérêt. Tant qu’elle ne dépasse pas le montant de sa limite de crédit fixée à 5000 fr., ce désagréable et parfois désastreux effet boule de neige pourrait se poursuivre pendant des mois, voire des années…
Banques moins strictes
Comme Hélène, de nombreux clients flirtent avec cette limite. Le compte de ceux qui la dépassent est bloqué. Et après trois rappels, ils sont dénoncés à l’Office des poursuites.
Or, s’il est plus aisé d’obtenir un crédit via la carte-client d’un commerce, il faut savoir que les établissements bancaires accordent des crédits à la consommation à des taux souvent inférieurs, variant entre 8% et 12%.
Autres cartes
En revanche, les autre cartes de crédit traditionnelles (Visa et MasterCard principalement), émises par les banques avec un taux de 15% aussi, ne sont pas plus avantageuses. D’autant qu’il faut encore y ajouter la cotisation annuelle, laquelle varie entre 50 à 100 fr. la première année, puis entre 100 et 200 fr. les suivantes. Une taxe que les commerces «offrent» à leurs clients, sans se priver de le faire savoir, mais en omettant aussi de préciser que les données qu’ils récoltent ainsi leur reviendraient bien plus cher et ne seraient jamais aussi fiables s’ils devaient les obtenir par un autre moyen.
Finalement, et pour autant, bien sûr, que le client n’ait pas besoin de crédit, la solution la plus discrète (pas de renseignements commerciaux insidieusement fournis) reste la carte EC (20 fr. par année, souvent gratuite pour les étudiants). Ou, bien sûr, le paiement avec de l’argent liquide, mais avec tous les risques liés à la perte ou au vol du porte-monnaie.
Pour télécharger le tableau comparatif des produits, se référer à l'encadré.
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Nouvelle loi sur le petit crédit
La nouvelle loi sur le petit crédit (ou loi sur le crédit à la consommation–LCC), entrée en vigueur le 1er janvier dernier, est largement appréciée par les milieux de défense des consommateurs, même si d’aucuns l’estiment encore bien timide. Cette loi impose, entre autres, aux organes qui émettent de l’argent plastifié:
- de vérifier la capacité de contracter d’un demandeur de crédit auprès du Centre de renseignements sur le crédit à la consommation;
- de fixer un taux d’intérêt qui ne doit en aucun cas dépasser 15%;
- de garantir un droit de révocation de la carte dans les sept jours suivant la conclusion du contrat.

