
Crus bourgeois avant la révolution
Pour le consommateur, les Crus bourgeois du Médoc se situent juste derrière l’aristocratie des crus classés de Bordeaux. Notre dégustation montre qu’il y a du bon et du moins bon, à la veille du millésime 2003 et d’un nouveau classement qui passe les bourgeois à la guillotine.
Le nouveau classement des vins de Bordeaux devait répondre à trois objectifs: être homologué (alors que le premier de 1932 ne l’était pas), se faire reconnaître par l’Union européenne pour protéger le titre de «cru bourgeois» et mettre de l’ordre, afin d’éliminer les mauvaises habitudes commerciales prises au fil des ans (lire l’encadré), résume le président du Syndicat des crus bourgeois, Dominique Hessel. Un président qui montre l’exemple: son domaine, Moulin à Vent, à Moulis, 25 hectares, se classe, sur le fil, premier de notre dégustation, pour un bon rapport qualité-prix.
En juin, en pleine grand-messe de Vinexpo, la publication du nouveau classement, valable dès le millésime 2003, a fait l’effet d’une bombe. Trois ans plus tôt, 478 dossiers avaient été soumis à un jury. Celui-ci a examiné la tenue des propriétés, l’image et la notoriété des crus et dégusté les vins produits entre 1994 et 1999. Résultat des courses: 247 châteaux retenus. C’est près de 200 de moins que dans le classement non officiel de 1932 (444 crus). Parmi les 231 déçus, certains vont faire recours. D’autres attendront dix ans et la révision du classement...
Hiérarchie discutable
Désormais, dans le Médoc –le vignoble bordant l’estuaire de la Gironde, en aval de Bordeaux– les Crus bourgeois représentent 40% de la production, contre 20% aux Crus classés. Cumulées, les deux catégories restent minoritaires parmi les 12000 châteaux des 120000 hectares du vignoble (huit fois la surface viticole suisse). Les crus seront désormais répartis en trois catégories: 9 châteaux «exceptionnels»*, 87 «supérieurs» et les 147 autres, simplement «Crus bourgeois».
Cette hiérarchisation prête à discussion. Dans notre dégustation, sur douze vins, la moitié sont promus «bourgeois supérieurs». Logiquement, trois d’entre eux se placent aux premiers rangs. Mais trois autres ont de la peine à tenir leur nouveau rang. Le Larose-Trintaudon est aussi, avec 180 hectares, le plus vaste domaine du Médoc...
Au surplus, le jury de Tout Compte Fait a mis l’accent sur l’influence du millésime. 1999, marqué par la pluie, est nettement inférieur à 2000. Quant aux prix pratiqués dans les grandes surfaces, ils montrent qu’ils collent au contenu de la bouteille, avec des nuances importantes entre 18 fr. et 22 fr. Le nouveau classement risque d’accentuer ces différences, les «supérieurs» pouvant espérer une revalorisation et les «exclus» risquant une décote. «Les gens qui font du bon vin le vendent toujours», relativise Dominique Hessel.
* Le classement détaillé sur l’internet http://classement.75cl.com
Pour télécharger le tableau comparatif des vins, se
référer à l'encadré.

