
Maillot rose et peloton
Le vin rosé, c’est comme les grands tours cyclistes: ils annoncent l’été. Au Giro d’Italie, le vainqueur porte le maillot rose. Dans notre test, c’est un «vin des sables», également le meilleur marché de la comparaison.
Le rosé est un casse-tête. Il doit avoir toutes les qualités d’un vin facile à boire et, pourtant, il est difficile à vinifier. Les vignerons provençaux ont fondé, il y a quatre ans, un Centre de recherches sur le rosé, que dirige le jeune œnologue Gilles Masson. Pour ce spécialiste, qu’est-ce qu’un bon rosé? «Il est de couleur claire. Au nez, il doit être aromatique, avec une dominante de fruits, en équilibre avec les arômes fermentaires (amyliques). En bouche, on lui demande de la rondeur et du gras, soit une attaque souple et du velouté en finale.»
Même s’il n’est pas de Provence, mais entre elle et le Languedoc, le Listel «Gris de gris», classé premier de notre test tant pour la qualité que le prix, répond à ce profil. Avec 300000 à 400000 bouteilles - à fermeture à vis - il est le plus vendu en Suisse. Et c’est le cheval de bataille des domaines parmi les plus vastes d’Europe (près de 1200 hectares), où les ceps (de grenache gris et noir, cinsault, carignant, syrah) sont plantés dans le sable des bords de la Méditerranée.
Consommation stagnante
Chaque Suisse consomme en moyenne quatre bouteilles de rosé par an (7% de la consommation totale du vin), un chiffre stagnant depuis trois ans. Dans le test, les rosés indigènes font plutôt pâle figure. Avec 27,3% de parts de marché (pour un chiffre d’affaires de 38,8%), les Suisses leur restent pourtant fidèles. Mais attention au millésime: les vins neuchâtelois de 2001 dégustés ont paru bien fatigués... Neuchâtel a pourtant une réputation à défendre: en 2002, la moitié du pinot noir, soit 800 000 litres, a été transformée en œil-de-perdrix. Reconnue en Valais comme un «blanc de noirs» (vin blanc issu de raisins noirs), la «dôle blanche» garde aussi des adeptes, dit-on à Coop: celle de Provins, médaille de bronze, sauve l’honneur helvétique.
Un vin comme les autres
Connu pour être le «meilleur rosé de France», le Tavel, de surcroît d’un domaine réputé, reste en retrait: 2002 fut un millésime épouvantable. Bonne tenue, en revanche, du rosé bordelais, qui joue son nom - Baron Philippe de Rothschild - et révèle les arômes variétaux du raisin (cabernet et merlot). Quant aux vins dits du Nouveau-Monde, qu’ils soient chilien ou grec, ils restent loin derrière le peloton de tête...
La vérité est donc au fond du verre: le rosé n’échappe aux qualités ni du millésime, ni du terroir, ni des cépages, ni de la vinification. Comme tout vin!
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