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Rabais gonflés ou fictifs: la méfiance est de mise!

ÉTIQUETAGE Une enquête démontre qu’une réduction de prix sur deux n’est pas affichée correctement. Entre les erreurs et les rabais fallacieux, au final, c’est le client qui trinque. Comment ne pas se faire berner par des offres mensongères?

Certaines enseignes ne reculent devant rien pour vendre la marchandise à des prix soi-disant imbattables. Actions multipacks, rabais de lancement, en magasin ou sur la toile: mieux vaut ne pas se jeter les yeux fermés sur les promotions si on veut éviter les tromperies. Même les entreprises honnêtes ne sont pas à l’abri des erreurs et autres incohérences. On prendra donc le temps de lire les offres, de recalculer ou de comparer dans les rayons avant de passer à la caisse (lire «Les gestes qui sauvent»).

Dans le e-commerce, quel­ques clics suffisent pour dénicher des rabais douteux à la pelle. Comme cette veste vendue à 66.75 fr. au lieu de 350.95 fr. (-80%) sur le marketplace manor.ch par un partenaire du grand distributeur. Sur le site de la marque anglaise Trespass, le produit ne coûte que 119 euros. «Il est difficilement imaginable que le prix en magasin de cette veste soit 230 fr. plus cher, même en Suisse», écrit une lectrice de Bon à Savoir. Alors, s’agit-il d’une entourloupe pour appâter le chaland?

L’Ordonnance sur l’indication des prix (OIP) n’interdit pas à un commerçant de faire une autocomparaison de prix de type «au lieu de» ou en barrant l’ancien tarif, même si celui-ci est bien plus élevé qu’ailleurs. Le vendeur doit cependant avoir pratiqué ce prix juste avant l’action et deux fois plus longtemps que celle-ci (ou juste après, pour un lancement, qui doit en outre être indiqué comme tel). Dans ce cas, il est permis d’en douter. Manor a promis d’interpeller son partenaire pour exiger le respect de l’OIP.

Moitié de rabais incorrects

Qu’il y ait méconnaissance des règles ou véritable intention de tromper la clientèle, on se passe en tout cas très volontiers de cette ordonnance qui régit les rabais en Suisse. La récente enquête du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) le rappelle expressément. Avec l’aide de 18 cantons, il a vérifié tous les jours, durant deux mois, les réductions de prix sur 644 articles d’aménagement intérieur, de sport et d’appareils électroniques de loisirs sur les sites de dizaines d’enseignes du pays.

Résultat: une fois sur deux, les rabais n’étaient pas affichés correctement. Pour les articles d’aménagement intérieur (déco et meubles), 44% des comparaisons de prix étaient incorrectes ou pas justifiées de façon convaincante par le vendeur. Pour les articles de sport, c’était 51%, et même 56% dans l’électronique de loisirs.

Les experts ont constaté des manquements dans 41% des cas d’autocomparaison de prix et dans 73% des cas où les commerçants ont eu recours à des prix indicatifs. Il s’agit là de prix catalogue fournis par des fabricants, importateurs ou grossistes. A moins que suffisamment d’autres vendeurs ne pratiquent ces tarifs, ces rabais sont considérés comme gonflés.

Les sanctions ne tombent pas tout de suite

Les autorités cantonales assurent que, en général, les vendeurs méconnaissaient les règles de l’OIP, même si rien dans les résultats fournis au Seco ne permet de l’affirmer. On est en droit de se demander s’il suffit aux enseignes de se cacher derrière cette excuse pour ne pas être inquiétées. A la suite de l’enquête, seule une dizaine de cas ont d’ailleurs fait l’objet de dénonciations pénales par les cantons de Vaud et de Genève, informe le Seco...

La Police vaudoise du commerce précise, sans divulguer l’identité des firmes visées, avoir déposé deux plaintes pour tentatives d’induire la clientèle en erreur afin d’augmenter les ventes au moyen de rabais fictifs. Son homologue genevoise ne donne d’informations que sur la variété des produits concernés: meubles TV, écrans, sacs de trail, écouteurs ou cordes à sauter. Il n’y a en général plainte pénale qu’après le refus du fautif de se plier aux règles, malgré la remise d’une brochure d’information et la fixation d’un délai pour corriger le tir. En clair, rabais gonflés ou fictifs ne sont punis que dans un deuxième temps, si les magasins ignorent les avertissements des autorités.

Rester sur ses gardes

En cas d’infraction à l’OIP ou à la loi contre la concurrence déloyale, ils encourent alors une amende jusqu’à 20 000 fr. Mais les sanctions n’atteignent jamais cette somme. L’un des commerces dénoncés dans l’Etat de Vaud en a eu pour moins de 2000 fr. à sa charge. Fin 2018, le magasin de sport Ochsner a dû débourser 4000 fr. pour soldes fictifs. En 2020, M-Electronics et Fust ont été condamnés à payer 3000 fr. et 4000 fr. pour indications de prix fallacieuses.

En l’absence d’instruments plus dissuasifs et au vu de la fréquence des rabais problématiques, le consommateur devrait rester sur ses gardes. Même en faisant les courses au supermarché du coin. Souvent, les réductions ne représentent pas une si bonne affaire. Une lectrice de Bon à Savoir rapporte, photos à l’appui, une action sur des paquets de viande hachée chez Denner. Le paquet de deux est vendu 10.40 fr. «au lieu de» 14.90 fr. Sauf que, dans les rayons, un paquet unique de viande de même poids, marque et date limite, coûte... 5.95 fr.

Denner assure que le prix de base d’un emballage était de 7.45 fr., soit 14.90 fr. pour deux. Mais le prix du paquet solo, sans rabais, a lui-même été abaissé durant l’action pour éviter le gaspillage alimentaire d’emballages uniques... S’il arrive de tomber sur des tromperies manifestes en magasin, ce genre d’embrouillamini a carrément la cote.

Citons aussi les réductions croisées – souvent estampillées «rabais spécial» et «multipack» – difficiles à calculer et pas entièrement comptabilisées à la caisse. Une chose est sûre dans l’univers des prix: on raffole de ce qui crée la confusion ou flirte avec les règles.

Gilles D’Andrès