
Viens boire un p’tit coup à la Migros!
«La Migros appartient à tout le monde.» Jamais, le slogan publicitaire de 2017 ne sera aussi vrai que cette année. Les 2,2 millions de membres des 10 coopératives régionales – auxquelles il y a des chances que vous apparteniez si vous recevez Migros Magazine – vont pouvoir dire s’ils acceptent que leurs magasins vendent de l’alcool. Les scrutins auront lieu d’ici au 4 juin.
Migros appelle cela la «M-Démocratie». En réalité, le processus lui permet de refourguer aux clients la responsabilité d’une décision qui risque de mettre à mal son image. En effet, le sujet est hautement délicat et déjà controversé. Il y a les débats sur la trahison de l’esprit du fondateur Gottlieb Duttweiler et l’hypocrisie du groupe qui vend de l’alcool sur internet et chez Denner. Mais avant tout, il y a la question de santé publique. A l’assemblée des délégués de novembre, une partisane de la vente d’alcool a déclaré que presque plus personne, aujourd’hui, ne pense à l’alcool comme un problème de santé publique et que la plupart des gens en consomment pour le plaisir. Les organisations d’aide font donc bien de rappeler que 250 000 personnes souffrent de dépendance à l’alcool en Suisse et que ces boissons font plus de 1500 morts par année. Du point de vue médical, on estime maintenant que toute consommation peut poser problème, souligne Jean-Bernard Daeppen, spécialiste des addictions au CHUV. Et d’ajouter que le lien entre le nombre de points de vente et le taux de mortalité est scientifiquement établi. Un de ses patients témoigne anonymement que ne pas avoir la possibilité d’en acheter peut éviter des rechutes. Même si des magasins sans alcool ne résolvent pas tout, tant les tentations sont partout – restaurant, télévision et même dans la rue.
Puisque c’est au client-coopérateur de prendre la décision, demandons-nous ce que nous avons à y gagner. Pour Migros, l’enjeux est économique. Même si elle dit appartenir à tout le monde, c’est avant tout le groupe qui va profiter des recettes. Et ne plus devoir faire un crochet par Coop pour acheter une bouteille de rouge ou un six-pack vaut-il vraiment la peine d’exposer davantage encore les personnes fragilisées? Un autre slogan orange nous livre la réponse: «Ne laissons personne de côté.»
Sandra Porchet

