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Le bioplastique, pas si miraculeux

DÉCHETS La capsule de café «compostable», le bol du menu à l’emporter «biodégradable», la fourchette jetable à base de matériaux renouvelables. On pourrait croire qu’ils viennent de la nature et peuvent retourner à la nature. Ce n’est pas le cas.

La marque de capsules de café My Coffee Cup, que l’on trouve notamment chez Alnatura, présente fièrement son produit comme «compostable», soulignant «100% bonne conscience». Mais un astérisque renvoie au dos du paquet, notant que pour l’élimination dans les biodéchets, il faudra se renseigner auprès de sa commune. Exemple emblématique du décalage entre l’image que les fabricants souhaitent donner aux bioplastiques et la réalité. Mieux vaut, souvent, jeter directement ses bioplastiques à la poubelle.

Biodégradable, oui mais…

Le monde des biopolymères est une jungle: différentes matières premières (maïs, betterave, etc.), qualités, capacités à se dégrader. Un plastique fabriqué à base de matières naturelles n’est pas forcément biodégradable, alors qu’un plastique à base de pétrole peut l’être.

Le terme «biodégradable» lui-même doit être relativisé. Même si un gobelet biodégradable se dégrade plus vite qu’un gobelet en plastique conventionnel, cela peut prendre plusieurs années en milieu naturel, souligne Urs Baier, spécialiste des biodéchets et membre du comité de l’association Biomasse suisse. Ils ne peuvent se dégrader rapidement qu’à des températures élevées, dans des conditions industrielles. La grande partie des bioplastiques posent donc un problème dans l’environnement. Pour rappel, le littering engendre des coûts de 200 millions de fr. par année en Suisse.

Pas une solution d’économie circulaire

Sur les plus de 3000 tonnes de bioplastiques qui sont utilisés chaque année en Suisse, on estime que 640 tonnes atterrissent dans les biodéchets, à destination d’usines à biogaz ou de compost industriel. Les usines les trient et en retirent autant de plastique que possible. Car le plastique, dans les déchets organiques, pose un gros problème: il pollue le compost ainsi que le digestat du biogaz – le résidu du processus de méthanisation – et finit dans l’environnement. Pour des raisons d’efficacité, le tri ne différencie pas entre le plastique et le bioplastique. Donc les capsules de café et autres emballages compostables sont retirés. Seule exception: les sachets de compost quadrillés, reconnaissables en un coup d’œil. Ce tri engendre des coûts qui se répercutent sur le contribuable lorsque la collecte des déchets organiques est publique et certaines communes ne vident plus les containers dédiés.

Autre problème: certains bioplastiques, créés pour être robustes, nécessitent d’être hachés pour faciliter leur décomposition. Toutes les installations de traitement ne disposent pas de cette capacité.

Les bioplastiques ainsi triés sont finalement incinérés avec les ordures ménagères. Jeter directement des plastiques biodégradables ou biosourcés à la poubelle n’est donc pas une mauvaise chose. Comme le note Urs Baier, les bioplastiques n’apportent pas d’éléments nutritifs au compost. Dans ce sens, il n’y a pas d’économie circulaire. En revanche, l’énergie qu’ils dégagent en étant brûlés peut être utilisée pour produire de l’électricité ou du chauffage à distance.

Bilan écologique mitigé

Enfin, certains plastiques sont fabriqués à base de matières premières comestibles: maïs, betterave à sucre, pomme de terre. Ils peuvent entrer en concurrence avec la production de nourriture, ce qui pèse lourd dans le bilan écologique. Les plastiques fabriqués à base de biodéchets comme les épluchures font mieux. L’origine agricole des matières premières implique aussi l’utilisation d’eau ou encore de pesticides, remarque Niels Jungbluth, expert en écobilans. En revanche, ils présentent un meilleur bilan que les plastiques fossiles en termes d’émissions de gaz à effet de serre. Le consommateur n’a pas moyen de savoir à partir de quelle matière première a été fabriqué un bioplastique. La part provenant de sources comestibles ou adaptées à l’alimentation animale se situerait entre 10% et 20%.

Si ces produits devaient se généraliser, l’Office fédéral de l’environnement pourrait instaurer des conditions semblables à celles en vigueur pour le biocarburant. Avec des limites d’émission de gaz à effet de serre et d’impact environnemental et l’interdiction de toute déforestation en vue de produire les matières premières.

Sandra Porchet