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Comprendre ses capacités pour mieux réagir

Surdoués Les hauts potentiels intellectuels (HPI) représentent entre 2 et 5% de la population. La plupart s’ignorent, parfois au prix de souffrances quotidiennes. Alors comment rebondir ou accompagner des proches qui vivent mal leur différence?

Derrière le sigle HPI peuvent se cacher des amis, des enfants ou des petits-enfants. Côtoyer au moins une personne douée dans son entourage proche ou plus lointain n’est pas rare. La plupart du temps, on ne s’en doute pas, tant les hauts potentiels ont cette tendance de caméléon à se fondre dans la masse, à s’adapter sans sortir du rang. Quitte à parfois mal le vivre intérieurement. Mais qu’a donc un HPI (haut potentiel intellectuel) de différent, au juste?

1. Etre HPI, c’est quoi?

Le cerveau d’une personne douée ne diverge pas fondamentalement des autres, mais fonctionne de façon plus rapide et efficace, explique Claudia Jankech, spécialiste en psychologie de l’enfant et de l’adolescent et psychothérapeute à Lausanne. Nombre d’études et d’analyses IRM ont montré que la mémoire de travail d’un HPI était deux fois plus élevée, le seuil d’activité du cerveau et la plasticité cérébrale plus importantes, le sommeil paradoxal plus long, les connexions entre les deux hémisphères plus efficientes.

Les capacités cognitives globales sont supérieures à la moyenne, ce qu’atteste en général un QI de 130 ou davantage. Selon les spécialistes, 128, 125 ou même 120 suffisent pour parler de haut potentiel. Ces chiffres sont des repères, note Claudia Jankech. Il existe en vérité un continuum de fonctionnements cognitifs où les informations circulent plus ou moins vite et efficacement. Une richesse, dit-elle (lire aussi «Des associations aident à valoriser le haut potentiel»), même si les HPI ont souvent ce sentiment déroutant «de ne pas avoir de bouton pour arrêter de penser».

2. Un revers à la médaille?

Il arrive que l’enfant à haut potentiel éprouve beaucoup de difficultés à s’ajuster et répondre aux attentes du monde extérieur. En comprenant qu’on le perçoit comme trop curieux, trop enthousiaste, posant trop de questions, il aura tendance à adopter un comportement qui ne correspondra pas à sa personnalité mais lui évitera d’être critiqué; ces stratégies adaptatives l’éloignent de ses besoins et motivations, affirme Sophie Prignon, fondatrice du cabinet Hi-Mind, composé d’une équipe multidisciplinaire spécialisée dans le soutien des enfants et adultes doués.

«Le haut potentiel intellectuel peut être source de souffrances s’il n’est pas accueilli de façon bienveillante par l’entourage. Dont l’école, si l’enfant est soumis à outrance à des dictats de standardisation, s’il est moqué pour son originalité ou s’il n’a pas le loisir d’épanouir sa curiosité», poursuit Sophie Prignon, elle-même à haut potentiel intellectuel. Avec des effets potentiellement graves: certains HPI développent un manque d’assurance, des dépressions, des troubles de l’attention ou du spectre autistique, constatent les experts. Un cinquième des personnes douées ont connu un redoublement scolaire.

3. Déceler un HPI

Mais comment savoir s’il est question de HPI et quelle est la meilleure façon de gérer ces difficultés? Un bilan psychologique mené par un spécialiste permet de déceler le haut potentiel. Attention, un test de QI passé sur un site Internet n’est pas suffisant. Un praticien ne peut pas non plus détecter de HPI après un simple entretien, aussi long soit-il. Effectué sur plusieurs heures et séances, estimé entre 500 et 1000 francs, le bilan tient compte d’aspects importants absents des tests de QI classiques: compréhension verbale, raisonnement perceptif, mémoire de travail et vitesse de traitement.

4. Pourquoi prendre les devants?

Les parents au courant du haut potentiel de leur enfant pourront mieux l’informer, le soutenir et répondre à ses besoins spécifiques, tout comme les enseignants, explique Claudia Jankech. En retour, on observe souvent un apaisement et une amélioration des résultats des élèves. Même si les spécialistes conseillent de consulter suffisamment tôt en cas de difficultés (lire aussi «Comment repérer les signes du HPI?»), il n’est jamais trop tard pour passer un bilan psychologique. Les adultes doués peuvent en retirer un grand bénéfice.

Valérie,* à Genève, n’a soupçonné son haut potentiel qu’à 35 ans. «J’ai toujours eu l’impression de ne pas être câblée comme tout le monde, sans savoir ce que c’était», raconte-t-elle. Plusieurs thérapies n’avaient pas donné grand-chose jusque-là. Après avoir lu un article sur le HPI, elle décide de passer un bilan psychologique chez un spécialiste, qui confirme un QI de plus de 130 et une suspicion de troubles de l’attention, ou TDAH. «Cela expliquait ma difficulté à effectuer des tâches pourtant à ma portée; mon sentiment de pouvoir faire, sans y arriver.»

Depuis, Valérie vit beaucoup mieux. Cette information lui a permis de mettre en place des stratégies dans la gestion de son quotidien et de ses relations avec les autres. Elle écoute moins «cette petite voix qui dit que je suis nulle ou stupide», se sent plus en confiance avec l’idée de ne pas être adaptée au fonctionnement de la majorité. Pour elle aussi, il est préférable que le bilan psychologique intervienne au plus tôt en cas de difficultés. Les adultes qui se devinent des capacités cognitives élevées et cherchent à aller mieux devraient y songer.

5. Besoin de réponses

Bien sûr, il y a le risque de se tromper et d’être déçu des résultats du test. Il n’est pas rare que des personnes consultent en pensant être à haut potentiel intellectuel alors qu’elles souffrent de troubles, relève
Sophie Prignon. La décision de passer un bilan psychologique devrait être prise avec le spécialiste. Il est crucial que soient identifiés les besoins de la personne concernée. Est-elle en mesure d’accueillir une réponse négative? Pourquoi cette démarche de test est-elle si importante?

Certaines situations de mal-être incitent à passer un bilan psychologique. Quand on a l’impression d’avoir été un enfant brillant et déterminé sans avoir épanoui son potentiel dans la vie d’adulte, ou quand on s’ennuie presque systématiquement en discutant avec les autres. Le bilan psychologique doit répondre à un besoin de décodage de son présent ou de son vécu. Il n’est en aucun cas destiné à satisfaire sa curiosité.

*Nom connu de la rédaction

Gilles D’Andrès