
L’essence fait le plein de taxes
carburants Depuis novembre 2020, le tarif à la pompe ne cesse de grimper en Suisse. Le prix d’un litre de sans plomb 95 a ainsi augmenté de 23% en neuf mois. Le cours du pétrole est loin d’être la seule explication.
Difficile de passer dans une station-service sans jeter un œil au prix du carburant. Les automobilistes l’ont sans doute remarqué, le tarif d’un litre de sans plomb ou de diesel a pris l’ascenseur depuis la fin de l’année passée. Si un plein de 40 litres de sans plomb 95 revenait à 57 fr. en novembre 2020, il coûtait 70 fr. en ce mois d’août 2021. Une augmentation de 23% en moins d’une année. La tendance est également observable pour le diesel qui a bondi de 1,51 fr. à 1,80 fr. par litre sur la même période.
Une reprise qui coûte
Mais pourquoi ces fluctuations? Le cours du baril a rapidement repris son envol après un effondrement du marché pétrolier en raison de la pandémie au début de 2020. Le prix du carburant s’en retrouve influencé, mais seulement partiellement. Porte-parole d’Avenergy Suisse, Daniel Schindler explique: «Le prix de l’essence à la pompe est fortement dépendant de la concurrence locale. Le coût des produits et du fret entrent également en compte, mais ce sont les taxes qui représentent la plus grosse proportion du prix final.»
En effet, la taxation sur les carburants est importante en Suisse. Pour chaque litre d’essence, le consommateur débourse 45 centimes d’impôt sur les huiles minérales auxquels s’ajoutent 32 centimes de surtaxe sur les carburants et environ 13 centimes de TVA. Pour chaque litre de sans plomb payé dans une station-service helvétique, 90 centimes reviennent ainsi directement à la Confédération. «Ces taxes sont incompressibles et fixes, cela signifie que, même si l’industrie donnait l’essence, vous devriez encore payer ces 90 centimes», précise Daniel Schindler. A noter que la taxation sur l’essence et le diesel a été augmentée en Suisse de 3,7 centimes, le 1er janvier 2021, afin de financer les allègements fiscaux pour les carburants respectueux de l’environnement, rappelle Laurent Pignot, porte-parole du TCS.
La faute au niveau du Rhin
Aucun cadre légal ne limite les compagnies dans leur fixation des prix du carburant. C’est donc la concurrence qui régule en grande partie les tarifs. «Les prix sont plus bas là où il y a beaucoup de stations-service», confirme Avenergy Suisse.
Des spécificités régionales expliquent aussi certaines différences: l’unique raffinerie exploitée en Suisse se trouve à Cressier, dans le canton de Neuchâtel. Les localités alentour bénéficient ainsi d’un coût de transport moindre et la population économise jusqu’à 20 centimes par litre d’essence.
Enfin, le prix est également influencé par… le niveau d’eau du Rhin. La moitié des carburants du trafic routier suisse est importée par ce fleuve. Un niveau trop bas entraîne une augmentation des tarifs qui se répercute sur l’essence à la pompe.
L’augmentation des tarifs du carburant survenue, ces derniers mois répond donc à une addition de nombreux facteurs. Malgré cette hausse rapide, le palier atteint actuellement n’a rien d’anormal, selon Laurent Pignot: «Les prix moyens au cours des huit premiers mois de 2021 sont plus élevés qu’en 2018, mais à peu près identiques à ceux de 2019.»
L’influence trompeuse du baril
On a parfois l’impression que les tarifs affichés dans les stations-service explosent à chaque flambée du prix du pétrole, mais que ces derniers tardent à redescendre lorsque le marché s’effondre. Simple impression ou réalité coûteuse? Pour le TCS: «Il existe un marché des raffineries. Celui-ci dépend de l’interruption d’activité – due à des événements naturels ou à des travaux de maintenance – et de l’ouverture de raffineries aux dépends d’autres. Ces paramètres pèsent sur le prix des produits finis.» Il peut arriver que le cours du pétrole soit bas, mais que les prix des carburants n’en profitent pas en raison de ces circonstances qui affectent les raffineries.
Il demeure difficile de prédire si le tarif à la pompe va stagner, augmenter ou diminuer durant les prochains mois. Avenergy Suisse ne s’y risque d’ailleurs pas et précise «ne jamais faire de prévisions». De son côté, le TCS explique que les perspectives de sortie de la crise sanitaire suggèrent «une hausse de la demande, et donc des prix plus élevés». Comprenez: si la vie reprend son cours, celui de l’essence augmentera.
Guillaume Joly


