
Je trie et ramène mes médicaments
PHARMACIE L’accumulation de médicaments à domicile engendre un énorme gaspillage. Le patient a un rôle actif à jouer pour lutter contre le phénomène.
Chaque année, des tonnes de médicaments se retrouvent à la poubelle. Si les responsabilités de ce gaspillage sont partagées, le consommateur peut contribuer à lutter contre ce fléau en gérant de façon judicieuse sa pharmacie personnelle.
Il est souvent reproché à la pharma de fixer des dates de péremption des médicaments trop courtes, accentuant le gaspillage. Des études ont montré que de nombreux produits vendus sans ordonnance conservent leur principe actif longtemps après leur date de péremption. Peut-on encore dès lors consommer des comprimés périmés sans danger?
Liquides moins durables
«Dans le doute, il ne faut pas consommer des médicaments au-delà du délai», répond Pascal Bonnabry, pharmacien-chef des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). La date de péremption ne reflète pas le moment où le médicament n’est plus efficace mais celle où sa sécurité n’est plus garantie. Généralement, si le produit est échu de quelques jours, on peut se permettre de le consommer sans trop de risque. En cas d’interrogation, on demandera à son pharmacien ou son médecin.
La stabilité d’un médicament ne se limite pas à son seul principe actif, mais dépend de sa forme galénique. Les solutions liquides et les crèmes s’altèrent plus vite que des comprimés sous blister, qui sont hermétiquement fermés. La vigilance s’impose en particulier pour les médicaments qui ont une marge thérapeutique étroite, soit pour lesquels la différence entre la dose efficace et la dose toxique est faible.
Gare à l’humidité!
Une mauvaise conservation à domicile est une autre cause de gaspillage. Comment les conserver? Suivez les informations sur l’emballage et la notice d’utilisation. La boîte permet l’identification du produit et sa protection. Quant à la notice, elle fournit des informations importantes sur la sécurité d’emploi et le bon usage. On évitera d’exposer les médicaments à la lumière du soleil et dans la mesure du possible, de les stocker dans la salle de bains. La chaleur et l’humidité accélèrent leur dégradation.
A son niveau, chacun a le moyen d’agir pour réduire le gaspillage, relève Marie Schneider, professeure d’adhésion thérapeutique à l’Institut des sciences pharmaceutiques de Suisse occidentale (ISPSO). Pour les maladies chroniques, une pratique adéquate pour éviter une accumulation à domicile consiste à déposer son ordonnance dans une pharmacie. Le patient viendra renouveler ses médicaments, par exemple lorsqu’il lui reste deux semaines de traitement à la maison.
Ne garder que l’essentiel
En cas de prescription ponctuelle, comme des antibiotiques, on veillera à respecter la durée de traitement. S’il en reste, mieux vaut les rapporter, car ils sont souvent réutilisés à mauvais escient. Une relation privilégiée avec un pharmacien est incontestablement un atout. «Il faut bien choisir sa pharmacie, se sentir en confiance et ne pas hésiter à poser des questions», résume Marie Schneider.
De manière générale, il ne sert à rien de recréer une pharmacie complète à domicile. «Le réseau de pharmacies en Suisse est très étendu», relève Pascal Bonnabry. En bonne santé, il ne faut garder que l’essentiel: une trousse de désinfection avec des pansements, une crème désinfectante, des antidouleurs (paracétamol) et des anti-inflammatoires (ibuprofène). Le reste dépendra des membres du ménage, par exemple de la présence d’enfants. Il est judicieux de faire un tri une fois par année.
Alexandre Beuchat


