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Le côté obscur de la lumière bleue

VISION La lumière bleue des écrans et des lampes à LED inquiète. Est-elle vraiment néfaste? Explications et moyens de s’en prémunir.

Bon marché et peu gourmande en énergie, la technologie des diodes électroluminescentes (LED) est devenue omniprésente. On la retrouve dans l’éclairage à domicile, les phares de voitures, les lampes torches ou les écrans des smartphones, tablettes et ordinateurs.

Ces LED peuvent émettre une lumière riche en courtes longueurs d’onde, dite «riche en bleu». «C’est une partie du spectre de lumière visible, très intense en énergie», explique Aki Kawasaki, professeure à l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin, à Lausanne. Elle est principalement émise par le soleil, mais aussi de plus en plus sous forme artificielle dans les éclairages et les écrans.

Toxique pour la rétine

La lumière bleue peut être dangereuse en cas d’exposition à haute dose. Dans un rapport publié en 2019, l’Agence française de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a confirmé sa toxicité pour la rétine. Le risque est notamment la survenue anticipée d’une dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA).

La nocivité des LED demeure toutefois un sujet de controverse. La question des réactions à de faibles doses cumulées sur le long terme n’est encore pas tranchée. L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) se veut rassurant: en conditions normales d’utilisation, les lampes à LED grand public ne présentent pas de risque pour la santé. Les dommages photochimiques sur la rétine seraient plus associés à des sources de lumière très vive, comme le soleil, les lasers ou les arcs de soudure.

Enfants vulnérables

La vigilance toutefois s’impose, car nous ne sommes pas tous égaux devant ces dangers. Les enfants, en particulier, sont plus vulnérables. «Leur cristallin, plus transparent que celui des adultes, filtre moins la lumière», souligne Stéphane Aazam, ophtalmologue chez Swiss Visio, à Lausanne. C’est pourquoi il est recommandé de protéger les plus jeunes de toute exposition trop intense et de surveiller leur temps passé devant les écrans.

Outre les risques pour la rétine, la lumière bleue est susceptible de perturber les rythmes biologiques, et donc le sommeil. L’exposition aux écrans à une heure tardive retarde la sécrétion de mélatonine, l’hormone du sommeil. La présence accrue de smartphones et tablettes dans les chambres à coucher a ainsi un effet délétère sur l’endormissement.

Fatigue visuelle

L’industrie s’est lancée dans le créneau, proposant des outils destinés à réduire la lumière bleue: applications pour écrans, filtres sur smartphones, lunettes de protection ou encore verres traités. Leur efficacité n’est toutefois pas prouvée scientifiquement. Selon plusieurs études, ces verres ne filtreraient qu’une faible partie de la lumière bleue potentiellement nocive. Quant à l’effet sur les rythmes biologiques, il serait inexistant.

«La sensibilité à la lumière est individuelle. C’est une question de confort visuel», estime Aki Kawasaki. En résumé, à chacun de faire des essais pour voir ce qui peut réduire la fatigue oculaire. Contrairement à une idée reçue, celle-ci est davantage due à la fixation de l’écran qu’à la lumière. Devant un écran, on a tendance à moins cligner des yeux, et donc à moins les lubrifier. Il est donc recommandé de faire des pauses régulières. Par exemple, on peut appliquer la règle des «20-20-20», qui consiste à lever les yeux toutes les 20 minutes et regarder à une distance de 20 pieds, soit 6 mètres, au moins 20 secondes.

Alexandre Beuchat