Restez un consommateur averti et profitez de nos avantages abonnés
Pourquoi pas
Non merci
Panier
x
Le panier est vide

Médicaments anticholestérol: soigner ou vendre plus?

Prescriptions Poussés par de nouvelles lignes directrices plus strictes, les médecins prescrivent de plus en plus de médicaments pour réduire le cholestérol. Certains experts relativisent la pertinence de ces nouvelles valeurs et rappellent que l’utilité de ces médicaments n’a pas été confirmée. D’autres facteurs de risque doivent être également pris en compte.

Des taux élevés de lipides sanguins peuvent diminuer le diamètre artériel et ainsi augmenter le risque de crise cardiaque ou d’AVC. Une valeur d’environ 2,6 unités (millimoles) par litre est aujourd’hui considérée comme normale. La Société européenne de cardiologie (ESC) a publié en 2019 de nouvelles lignes directrices – plus strictes que les précédentes – pour le traitement de l’hypercholestérolémie. Elle abaisse ainsi le niveau de cholestérol déclenchant un traitement à 2,6 unités (millimoles) par litre pour les personnes ayant un faible risque de crise cardiaque, au lieu de 3 mmol/L dans ses recommandations de 2016. Idem pour les catégories de patient à haut et très haut risque, où l’on passe de 2,6 à 1,8 respectivement de 1,8 à 1,4 mmol/L (voir le tableau).

Un marché en pleine expansion

En règle générale, les associations professionnelles suisses ont adopté d’office les recommandations européennes. C’est pour cette raison que de plus en plus de médecins prescrivent des médicaments pour faire diminuer le taux de cholestérol. Le nombre de médicaments anticholestérol vendus en Suisse est passé de 1,4 million à 2,3 millions en dix ans.

Aucun avantage apparent pour les patients

Les experts que nous avons consultés critiquent ces nouvelles lignes directrices dont les valeurs semblent arbitraires. C’est notamment le cas du médecin Etzel Gysling, éditeur de la revue Pharma-Kritik: «Il n’a pas été prouvé que les objectifs de traitement plus stricts apportent un bénéfice supplémentaire aux patients.» Pour prévenir les maladies cardiaques, il n’y a pas que le cholestérol qui est important, mais aussi l’obésité et l’exercice. De nombreux médecins ne prêtent pas toujours une attention suffisante à ces facteurs.

Le Dr Jochen Schuler, cardiologue, est co-éditeur d’une revue spécialisée indépendante allemande. Il est convaincu que, dans la plupart des cas, les médecins ne peuvent atteindre les nouveaux objectifs thérapeutiques qu’en combinant deux ou trois médicaments abaissant le taux de cholestérol. Une dose élevée de statine est souvent nécessaire. «Cela augmente le risque d’effets secondaires», explique le Dr Schuler.

Conflit d’intérêts avec les fabricants

Les auteurs des nouvelles lignes directrices recommandent également de nouveaux médicaments comme Inegy et Praluent. Le Dr Schuler les accuse d’être associés à l’industrie pharmaceutique: «19 des 21 auteurs sont en conflit d’intérêts.» 14 auraient reçu de l’argent des fabricants du Praluent. La liste des conflits d’intérêts des auteurs fait 66 pages. La Société européenne de cardiologie est également largement financée par l’industrie: dans son dernier rapport annuel, il est indiqué que plus de 54 millions d’euros, soit trois quarts de son budget, proviennent des fabricants de médicaments.

Un faux procès selon l’ECS

L’ECS balaie les critiques en répondant que plus la réduction du cholestérol est importante, plus le risque de maladie cardio-vasculaire est faible. Les nouveaux médicaments pourraient réduire le taux de lipides dans le sang jusqu’à 85%. Des études montrent également que des doses élevées de statines sont sans danger. Les effets secondaires graves sont rares. Pour la Société Européenne de cardiologie, les fonds de l’industrie pharmaceutique ne sont pas problématiques car ils ne sont liés à aucune condition.

Article réalisé en collaboration avec le Dr Thomas Walser

Andreas Gossweiler / chp