
L’écologie perdue
Le développement durable est sur toutes les lèvres. Les manifestations se sont multipliées pour réclamer des mesures immédiates face aux menaces climatiques. Le mouvement a pris une ampleur inédite avec l’implication d’une jeunesse déterminée à secouer le cocotier. Cette mobilisation suffira-t-elle à inverser la vapeur, du moins à stopper les machines? Personne n’a franchement envie d’y répondre. Mais ce qui est certain, c’est que ce défi éléphantesque doit être l’affaire de tous.
Chaque individu, en tant que consommateur, a un rôle essentiel à jouer. Se cantonner à pointer du doigt l’immobilisme politique, c’est faire porter la seule responsabilité du désastre climatique à la collectivité. Le piège, c’est d’esquiver toute remise en question dérangeante sur sa propre manière de consommer. Que puis-je changer pour limiter le gaspillage des ressources? Quel confort suis-je prêt à sacrifier?
Sur ce point, nos aïeuls ont beaucoup à nous apprendre, bien qu’on tende à fustiger leur absence de «conscience écologique». On oublie que leur rapport à la consommation était plus sain et, surtout, plus respectueux des ressources. Leur perception matérielle ne connaissait pas la pression sociale: le superflu n’avait pas sa place et chaque objet était usé jusqu’à la corde. On ne se débarrassait pas d’un vêtement ou d’un appareil pour coller à la mode ou profiter des dernières avancées technologiques.
Ce bon sens a battu en retraite. A tel point que même le mot «réparation» est tombé en désuétude. «C’est la faute à l’obsolescence programmée», clame-t-on pour mieux choyer sa bonne conscience. On peut ainsi pester contre sa TV tombée en rade et jubiler à l’idée de s’offrir le dernier écran 65 pouces. A quand des réunions de consommateurs anonymes pour soigner cette ambivalence contagieuse?
Yves-Noël Grin

