
Les e-cigarettes ne font pas de miracle contre l’addiction à la nicotine
vapotage Selon une nouvelle étude britannique, les cigarettes électroniques pourraient aider les fumeurs à vaincre leur addiction à la nicotine. En Suisse, on se montre sceptique.
Nombreux sont les accros à la nicotine qui souhaitent arrêter de fumer. Certains misent sur les cigarettes électroniques. Les vapoteuses ne contiennent pas de tabac, mais un liquide avec ou sans nicotine. Ce liquide s’évapore lorsqu’on l’aspire à travers son e-cigarette. Les adeptes de cet ustensile ont vu leurs espoirs gonflés récemment par des chercheurs de l’Université de Londres.
Leur étude, publiée dans la revue spécialisée New England Journal of Medicine, montre que l’e-cigarette est un atout pour arrêter de fumer. Près de 900 fumeurs ont participé à l’expérience. La moitié d’entre eux ont passé à la vapoteuse avec nicotine et l’autre moitié a utilisé des patchs et des chewing-gums nicotiniques. Résultat: après une année, un participant sur cinq du groupe de l’e-cigarette n’avait plus du tout recours au tabac. C’est près de deux fois plus que dans le groupe des patchs et chewing-gums. Pour le New York Times, l’étude est «jusqu’ici la plus forte preuve» que l’e-cigarette peut être utile pour arrêter de fumer.
Toutefois, les spécialistes des addictions suisses ont des doutes. En effet, en examinant les résultats de plus près, les espoirs se relativisent. Après une année, 80% des nouveaux abstinents de la clope vapotaient encore. Ils avaient donc réussi à arrêter le tabac, mais pas la nicotine. Pour Macé Schuurmans, médecin-chef en pneumologie à l’hôpital cantonal de Winterthour, il est clair que le risque de rechute est extrêmement haut dans ce cas. Les patients de l’autre groupe, en revanche, ont eu moins de mal à se passer des patchs et chewing-gums. Parmi ceux qui ont réussi à arrêter de fumer, seul un sur dix les utilisait encore après une année.
«Les e-cigarettes peuvent causer des irritations»
A cela s’ajoute que les effets à long terme des cigarettes électroniques ne sont pas encore connus. Si la vapoteuse est moins nuisible que les cigarettes conventionnelles, elle n’est pas sans risques. Claudia Künzli, cheffe de projet à la Ligue pulmonaire, explique: «Les e-cigarettes peuvent irriter les yeux et les voies respiratoires.» En plus, elles émettent des substances cancérigènes comme l’aldéhyde et le propylène glycol. «Qui veut être à l’abri des maladies pulmonaires doit complètement renoncer à la nicotine», insiste Mme Künzli.
Malgré l’étude anglaise, le pneumologue Macé Schuurmans ne recommande pas de se tourner vers la cigarette électronique dans l’optique d’arrêter de fumer. Même son de cloche du côté de l’Association suisse pour la prévention du tabagisme: «Nous continuons de recommander d’arrêter de fumer avec un conseil d’accompagnement et des patchs ou chewing-gums», dit Thomas Beutler. Les effets de ces produits ont été étudiés de manière approfondie.
Les fabricants Philip Morris, JT International et Juul répondent que les cigarettes électroniques ne sont certes pas inoffensives, mais qu’elles sont moins nuisibles que les cigarettes au tabac.
Andreas Gossweiler/sp


