
Gare au voleur de vision!
vue Le glaucome est une maladie qui touche 2% de la population suisse de plus 40 ans. Si elle est décelée trop tardivement, elle peut réduire le champ de vision jusqu’à la cécité.
C’est une affection particulièrement sournoise qui évolue sans symptômes précurseurs. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les anglophones l’appellent «le voleur silencieux de la vision». Sa spécialité, c’est de détruire progressivement les fibres nerveuses optiques avec, comme conséquence, une diminution du champ de vision qui peut aller jusqu’à une perte de vue totale. C’est du reste la principale cause de cécité dans le monde avec la cataracte.
L’âge n’est pas le seul coupable
En 2013, on estimait que 64 millions de personnes étaient atteintes par cette maladie dans le monde. «D’après les projections, on pense que ce chiffre va doubler d’ici à 2040», précise le Dr Mohamad El Wardani, spécialiste à l’Unité du glaucome à l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin, à Lausanne. Le vieillissement de la population n’est pas étranger à ces prévisions, sachant que l’âge est un facteur de risque important. C’est ainsi que 2% de la population suisse de plus de 40 ans est atteinte du glaucome contre 15% chez les personnes de plus de 80 ans.
L’âge n’est pas le seul coupable, ce qui explique pourquoi certains enfants peuvent être affectés par la maladie dès leur naissance. D’autres facteurs de risques comme l’histoire familiale (hérédité), une pression intraoculaire élevée, l’appartenance raciale – les populations africaines sont plus exposées –, la myopie ou l’hypermétropie jouent un rôle également. «On constate aussi que les personnes diabétiques ou atteintes d’hypertension sont plus touchées que les autres sans qu’un lien ait pu être scientifiquement établi», complète le spécialiste.
Des formes multiples
En fait, le terme glaucome englobe plusieurs formes d’atteintes du nerf optique et non une seule (lire encadré). Leur point commun, c’est d’anéantir progressivement les cellules nerveuses qui font office de liaison entre l’œil et le cerveau. Comme la maladie touche d’abord la vision périphérique avant de s’étendre vers le centre du champ visuel, elle est souvent détectée tardivement. C’est pourquoi les contrôles auprès d’un ophtalmologue restent le meilleur moyen de ne pas laisser l’affection progresser insidieusement.
En l’absence d’antécédents familiaux, les recommandations préconisent un dépistage chez l’ophtalmologue – et non l’opticien – tous les trois ans à partir de 40 ans. Le Dr Mohamad El Wardani estime qu’il faut en faire davantage. «A mon sens, on devrait faire un premier contrôle vers l’âge de 6 ans, puis procéder à un dépistage tous les cinq ans à partir de 20 ans. Et dès 40 ans, je pense qu’un contrôle tous les deux ans, voire tous les ans selon les facteurs de risque, serait préférable.»
Une détection précoce est d’autant plus essentielle que le glaucome ne peut, à quelques exceptions près, pas être soigné. Que le traitement soit chirurgical ou médicamenteux, l’objectif est de ralentir la dégradation du nerf optique. Dans le meilleur des cas, l’intervention permet de stabiliser la maladie. Mais les dégâts sont irréversibles.
Yves-Noël Grin


