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Tous exposés à un cocktail explosif

santé Un groupe de chercheurs pluridisciplinaire vient de prouver que l’exposition chez l’être humain à un cocktail de perturbateurs endocriniens avait un effet explosif. Une première!

On est dans le petit. L’infiniment petit. Tellement petit qu’on parle de traces. Des résidus qui deviennent très puissants lorsqu’ils s’associent, s’unissent pour nuire.

«Les perturbateurs endocriniens sont présents à de faibles concentrations dans l’environnement. A priori, ces concentrations sont trop faibles pour être dangereuses. L’effet cocktail tend à démontrer que les perturbateurs endocriniens ont un effet dangereux à ces faibles concentrations.» Patrick Balaguer, chercheur à l’Inserm, Institut national de la santé et de la recherche médicale, à Montpellier, avait révélé les dessous de l’effet cocktail des perturbateurs endocriniens en 2015 déjà (lire «L’effet cocktail scientifiquement prouvé»).

La preuve chez l’Homme

Depuis, les études expérimentales in vivo se sont multipliées sur des lignées cellulaires en culture et aussi sur différentes espèces animales. Autant d’études qui corroborent l’effet cocktail. Mais jamais preuve n’avait été apportée d’une telle action sur l’homme. C’est ce que vient de démontrer une équipe pluridisciplinaire menée par Bernard Jégou, chercheur  à l’Inserm et directeur de la recherche à l’Ecole des Hautes Etudes en santé publique (Ehesp), franchisant ainsi un jalon important.

Leurs travaux, publiés le
13 septembre dans la revue Environmental Health Perspectives, «constitue une première». C’est la preuve tant attendue que des effets cocktails s’opèrent sur le tissu humain (des testicules de fœtus, dans ce cas précis).

Attention aux femmes enceintes

Pour cette recherche, les scientifiques sont partis d’un a priori simple: tester 27 molécules avec lesquelles les femmes enceintes sont potentiellement en contact. Dans le cocktail: huit pesticides (dont du glyphosate), six substances chimiques issues de l’industrie (dont les bisphénols A et S), sept  médicaments (dont l’ibuprofène) et six molécules présentes dans le café et l’alcool.

Une liste qui peut donner un aperçu de notre quotidien puisqu’on mange des fruits, des légumes et des céréales qui contiennent des résidus de pesticides; on réchauffe un plat dans un contenant en plastique qui libère du bisphénol A dans les aliments; on boit un café; on prend un médicament léger en cas de douleurs. Bref, des gestes quotidiens révélant nos différents modes de contact.

Les résultats de la recherche sont sans appel: sur les 27 molécules testées, 11 ont révélé des propriétés perturbatrices endocriniennes, certaines pour la première fois chez l’homme. La diminution de testostérone (aussi appelée «effet anti-androgénique») sur le testicule fœtal humain testé est importante.

Pire, cette baisse s’amplifie en fonction des perturbateurs endocriniens mélangés. Bernard Jégou précise que l’effet anti-androgénique du bisphénol A peut être amplifié par l’ajout de molécules possédant les mêmes propriétés, alors même que la concentration de bisphénol A n’aurait pas ou très peu d’effet à lui tout seul.

Jusqu’à 1000 fois plus d’effet

L’effet cocktail démontré, il a aussi fallu quantifier l’amplification du mélange… Les auteurs de l’étude ont donc aussi répondu à cette question: «Combien de fois la molécule est plus puissante en mélange que lorsqu’elle est seule?» La réponse inquiète tout autant les chercheurs, puisque l’amplification varie d’un facteur 10 à un facteur 1000 en fonction des molécules.

Au-delà de la percée scientifique évidente, une telle étude permet de mieux comprendre les mécanismes liés à l’exposition aux perturbateurs endocriniens durant la grossesse. C’est surtout sur les organes génitaux des fœtus mâles que les risques sont les plus grands avec, pour conséquence, la non-descente des testicules ou la malformation du canal de l’urètre, notamment.

Annick Chevillot