
Uber beaucoup moins cher, mais un peu plus lent
mobilité Nos courses à Lausanne et à Genève montrent que Uber est bien meilleur marché, mais moins rapide, qu’un taxi traditionnel. Les groupements professionnels crient à la concurrence déloyale.
Casquette vissée sur la tête, Carlos*, la trentaine, me demande de m’asseoir à l’avant. Il ne veut pas attirer l’attention. Dans l’agglomération lausannoise, assurer des courses comme chauffeur UberPOP peut valoir une amende salée. La journée, le jeune Portugais est chauffeur livreur. Ce vendredi matin, il a commencé à 6 heures. Puis, il a repris le volant le soir, pour Uber, de 21 heures à minuit. Pour ce forçat des temps modernes, c’est un moyen de mettre un peu de beurre dans les épinards, même si les revenus à escompter sont faibles. Uber ne prévient-il pas sur son site que cette activité accessoire «permet d’amortir les frais de fonctionnement de son véhicule»?
De notre côté, nous avons commandé ce trajet entre Renens et Lausanne pour comparer le prix avec celui d’un taxi «traditionnel» (lire encadré «Notre enquête»). Uber, en effet, défraie la chronique depuis deux ans en Suisse romande. Actif à Lausanne et à Genève en Suisse romande, le réseau, bête noire des taxis, compterait 50 000 usagers réguliers et plus de 1000 chauffeurs, selon son service de presse. Et, à l’en croire, «les tarifs pratiqués sont d’environ 40% inférieurs à ceux des taxis». Vraiment? C’est ce que nous avons voulu savoir avec notre partenaire On en Parle (RTS-La Première).
43,6% plus avantageux
Les résultats de notre première course sont frappants. Nous avons payé 17.23 fr. avec UberPOP, 17.88 fr. avec UberX et 32.20 fr. avec Taxi Services. C’est quasiment le double !
Il ne s’agit pas d’une exception: sur l’ensemble de nos relevés genevois et lausannois, Uber a été systématiquement moins cher, avec des prix inférieurs de 33% à 52% (voir tableau)! L’économie moyenne a ainsi atteint 43,6%.
Les détracteurs du réseau rétorquent que ce dernier pratique des tarifs flexibles, majorés selon l’offre et la demande. Une situation qui donnerait même, dans certains cas, l’avantage aux taxis. Nous n’avons pas pu vérifier cette affirmation lors de nos relevés, puisque nous n’avons subi aucune majoration. Mais d’autres trajets, effectués hors comparatif à Lausanne, montrent bel et bien des hausses élevées à des heures tardives, signalées par l’application avant commande. Un samedi matin à 3 heures 20, elle a, par exemple, été de «x 1,4», portant le prix normal de 6.80 fr. à 9.52 fr. Un dimanche matin à 3 heures 30, le montant a été augmenté de «x 1,8», soit 14.60 fr. au lieu de 8.11 fr. Relevons toutefois que le tarif de Taxi Services est aussi, en partie, augmenté la nuit et le dimanche matin (x1,26).
Si Uber l’emporte clairement, le temps nécessaire pour accomplir le trajet tourne à l’avantage des taxis. Ces derniers sont plus rapides, cinq fois sur six. Certains chauffeurs Uber connaissent mal la ville. Ils ne choisissent pas forcément le chemin le plus court, ratent une bifurcation, demandent la route au passager, etc.
Côté attente, on notera encore que les temps annoncés par les applications, sont, en général relativement bien respectés. Les écarts importants constatés à Genève seraient dus à un embouteillage, selon les chauffeurs.
Le désarroi des taxis
Pour le portemonnaie des usagers, Uber est donc une bénédiction. Pour celui des taxis, une malédiction. Patrick Favre, ex-président de l’association faîtière Taxisuisse, et désormais cofondateur du groupement professionnel Swiss-taxis, estime que, «aujourd’hui, on ne se bat pas à armes égales, et le monde du taxi crève la dalle». Dans sa ligne de mire, les chauffeurs UberPOP qui ne disposent pas, la plupart du temps, d’un permis professionnel de transport de personnes et n’ont pas de tachygraphe dans leur véhicule. Deux conditions auxquelles les chauffeurs de taxis sont, eux, soumis par les lois fédérales. Ces dernières les contraignent également à présenter leur véhicule à une expertise annuelle et à l’assurer adéquatement. Sans oublier certains examens régionaux portant notamment sur les connaissances topographiques. Autant de contraintes qui ont leur coût, et que les chauffeurs POP ne respectent pas. Pour Patrick Favre, il s’agit de concurrence déloyale. Et UberX? Si les chauffeurs possèdent réellement un permis professionnel et un tachygraphe, Patrick Favre n’est pas opposé à leur présence. Mais il déplore qu’Uber ne paie pas de charges sociales. La société affirme en effet ne pas être employeur, mais se considère comme une simple plateforme relais entre un client et un chauffeur indépendant. Patrick Favre soupçonne aussi certains conducteurs de ne pas déclarer leurs revenus. Et notre interlocuteur d’estimer que «quand on prend un Uber, on doit savoir qu’on se fait complice de quelqu’un qui fraude aux charges sociales».
Et la sécurité?
Les candidats Uber doivent fournir un extrait de casier vierge. Pour UberX, il faut aussi posséder les autorisations pour le transport professionnel de personnes, alors que, pour POP, un permis de conduire suffit.
Côté couverture, le service de presse de la société américaine nous écrit que le conducteur UberX «doit être sûr d’avoir l’assurance adaptée au transport professionnel de personnes». En revanche, pour POP, «il ne s’agit pas d’une activité professionnelle, les conducteurs individuels doivent donc bénéficier d’une RC classique». Jacques Roulet, avocat et défenseur des taxis à Genève, n’est pas de cet avis. Il affirme qu’une RC spécifique est nécessaire dès qu’on fait payer les gens pour les transporter. Le Genevois doute d’ailleurs que tous les chauffeurs Uber, POP ou X, jugent nécessaire de souscrire une telle assurance, plus chère qu’une police standard. Et cela pourrait nuire aux usagers. Selon lui, en cas d’accident causé par le conducteur, «le risque est important que l’assureur du véhicule considère que le passager blessé ait commis une faute concomitante en acceptant d’être transporté dans un véhicule insuffisamment couvert. Dans cette hypothèse, l’assureur viendrait réduire ses prestations à l’égard du lésé.» Uber rétorque que «ces hypothèses fallacieuses ont été démenties à plusieurs reprises, notamment par une grande assurance suisse». A l’heure actuelle, il n’existe toutefois pas de jurisprudence claire à ce sujet.
Sébastien Sautebin
Lire le bonus web: Les prix des taxis dans les capitales romandes


